Réhabilitation de trésors oubliés (I) : The Beach Boys – ‘Concert’

The Beach Boys - ConcertAprès avoir lancé la mode d’un ‘surf-rock’ propre sur lui au début des années 60, puis brièvement mené une compétition perdue d’avance face aux Beatles, les Beach Boys sont devenus un gentil groupe de hippies californiens aussi sirupeux qu’inoffensifs. Concert et Live in London, les deux premiers albums live officiels de la formation, enregistrés respectivement en 1964 et 1968, sont bien représentatifs de ces deux ères que tout oppose. Capitol Records ayant oublié de les inclure dans sa dernière vague de rééditions, allons-y pour une réhabilitation de ces deux disques. En commençant par le premier.

Concert sera immortalisé à Sacramento devant trois mille jeunes en furie un beau soir de 1964. Les garçons s’y présentent encore dans leur uniforme de plagistes : pantalons blancs, chemise lignées et un air innocent de gendres idéaux – voire même un air franchement niais pour Carl Wilson – ; et ce bien qu’ils soient déjà acquis à la sainte trilogie Sex, drugs & rock’n’roll. Brian Wilson ne tardera plus à devenir un junkie de premier plan, au point d’y laisser un bon paquet de neurones. Quant à son frère Dennis, il est le véritable bad boy du groupe. C’est peu dire que sa réputation de bourreau des cœurs pourrait faire pâlir d’envie les Rolling Stones au complet. Il est aussi le seul vrai surfeur de la bande et, à ce titre, la source d’inspiration d’un grand nombre des premières chansons : il est l’essence du groupe.

A leurs débuts, les Beach Boys personnifient une certaine idée du ‘rêve américain’, ou plus précisément celui de la Californie telle que la chantent les vedettes yéyés françaises. Leurs premiers textes tournent quasi tous autour de seulement trois sujets : le surf, les bagnoles et les filles (plusieurs albums sont quasi intégralement consacrés à ces seuls thèmes). Les joies d’une jeunesse épanouie, l’insouciance, l’optimisme, les amours de vacances, le soleil et les plages de sable fin, voilà de quoi les Beach Boys se veulent les ambassadeurs en 1962-63. Et c’est avec cette recette qu’ils deviennent très vite le groupe américain le plus populaire des Golden Sixties, et le seul que l’on pense capable de rivaliser avec les mélodies pop et les riffs entêtants des groupes de la British Invasion. Leurs premiers tubes, pourtant, ne cassent pas trois pattes à un canard : les lignes de guitares rock sont pompées sur celles de Chuck Berry (qui percevra d’ailleurs les royalties de Surfin’ U.S.A. afin d’éviter une condamnation) et le côté ultra-répétitif des thèmes abordés frise parfois le ridicule. Mais les Beach Boys ont un petit truc en plus qui les distingue de la plupart des autres groupes pop-rock de l’époque, et cet atout, ce sont les harmonies vocales. La façon dont se mêlent et s’entremêlent les voix des cinq garcons a quelque chose d’unique. A tel point qu’ils en deviennent très vite davantage un vocal group qu’un rock band en tant que tel. Incontestablement, dans les premières années, c’est le mariage de leurs vocalises qui fait des Beach Boys un groupe d’exception, bien davantage que leurs compositions originales.

En cette année 64, ils sont en tournée pour leur album All summer long sorti quelques mois plus tôt et qui leur a permis de décrocher leur tout premier numéro 1 des charts US avec l’imparable I get around. Ce soir à Sacramento, ils sont dans leur fief et montent sur scène face à un public  de teenagers entièrement acquis à leur cause. Ils déroulent leurs hits mais la sélection de morceaux retenus pour l’album s’attèlera surtout à présenter des titres encore inédits. Brian Wilson decide de faire la place belle aux reprises  avec rien de moins que sept chansons (sur treize) écrites par d’autres artistes. The little old lady from Pasadena de Jan & Dean, The wanderer de Dion (chantée par Dennis Wilson), Papa-Oom-Mow-Wom des Four Freshmen et Johnny B. Goode de Chuck Berry sont quelques-unes des plus intéressantes du lot. Sans oublier Monster mash des oubliés Bobby Pickett & The Crypt-Kickers, chantée par Mike Love à la manière de Boris Karloff errant dans une maison hantée.

La stratégie choisie vise à présenter des titres ne se trouvant pas sur les six albums studios du groupe mais qui sont néanmoins tous bien connus du public, vu qu’il s’agit pour la plupart de tubes. Ceux-ci sont toutefois accompagnés sur Concert par des plages relativement obscures d’albums des Beach Boys comme Hawaii et la délicate In my room, le genre de truc mielleux que l’on chantonne à l’oreille d’une minette un peu naïve dans l’espoir de la faire s’allonger. Les hit-singles Fun, fun, fun (démarrage en force du show), Little Deuce Coupe et I get around constituent aisément les piliers de l’album. Avec un regret toutefois pour I get around, dont l’enregistrement live a manifestement été remplacé par la version studio de la chanson, légèrement retouchée et ‘enrichie’ a posteriori de cris extatiques du public. Il en est probablement de même pour Fun, fun, fun, qui semble avoir été légèrement accélérée pour noyer le poisson. Cette technique, aussi choquante puisse-t-elle paraître, était courante dans les années 60 ; les Rolling Stones eux-mêmes y ont eu recours pour au moins deux titres de leur fameux Got it live if you want it !

A l’écoute de ce concert, il demeure finalement surtout une question essentielle : les Beach Boys étaient-ils le premier boys band ? On vous laisse juges…

The Beach Boys live 1964

The Beach Boys crowd 1964