Comment tu épelles Paris ? P.A.R.I.S. ? Non, non, non, Paris, c’est M.E.R.D.E. (*)

On continue dans la série des articles inédits avec ce texte rédigé sous la forme d’un billet d’humeur en juin 2016, au retour d’un city-trip ‘theâtres & musées’ à Paris, et curieusement jamais publié.

Is Paris burning ?

2016, belle année ! –, Daniel Darc chantait de son air le plus désabusé “A Paris, il n’y a rien à faire” (P.A.R.I.S., Taxi Girl). Rien à faire ? Etonnante affirmation venant d’un jeune homme ayant la chance de vivre dans une capitale incroyablement riche en bars, théâtres, salles de concerts, sans oublier les musées et, inévitablement, les nightclubs. De temps en temps, le Sublimator quitte ses quartiers paisibles d’Ixelles-la-Belle pour se rendre quelques jours sur place afin d’humer l’agitation et prendre la température de la Ville Lumière.

Un bel après-midi dans le Jardin des Tuileries. Dans le cadre de la Fashion Week, on croise Dakota Fanning et Olivia Palermo venues assister au défilé Valentino. Leur élégance et la flamboyance de leur apparat tranchent avec la misère de milliers de déshérités croisés au hasard des rues. Jamais sans doute depuis le début du XXème siècle, Paris n’aura été aussi pauvre et tellement riche à la fois. La mendicité est omniprésente et très envahissante : sur les grands boulevards, on se fait aborder tous les dix mètres. « Vous avez-vu cette bague en or par terre ? Elle doit valoir une fortune… Je l’ai vue avant vous, mais si vous me donnez cinquante euros, je vous la laisse… Allez, disons quarante ! Bon, OK… trente !  ». A la station Châtelet, un SDF ivre mort s’écroule et provoque l’arrêt complet de la rame pendant de longues minutes. De retour d’une soirée de pure détente au Théâtre des Variétés, le choc est rude. « Le train ne repartira pas en raison du malaise d’un passager » annonce la RATP. Le malaise, voilà bien un mot qui décrit les sous-sols de Paris. La malaise est partout, palpable, dérangeant. L’alcoolisme aussi d’ailleurs. Cet homme saoul, vulgaire parasite en perdition, symbolise parfaitement à lui seul la faillite de cette société. Etendu au sol dans l’indifférence générale – ou pire : l’hilarité –, il attend des secours qui ne sont absolument pas pressés de venir… Car un clodo puant de plus ou de moins, au fond, quelle importance ?

Près de la Porte Saint-Martin, le quartier populaire où se trouve le Théâtre du Splendid, on ne croise quasiment plus un seul Français de souche (ainsi que les médias les désignent pudiquement pour ne pas utiliser le mot « blanc »). Ce soir, une famille de Roms y dort dans la rue, à même le sol, avec un enfant en bas âge blotti sous des couvertures crasseuses. Que fait Manuel Valls ? Ah oui, à la demande de sa femme, il fait chasser les mendiants roms du quartier chic où il reside… N’est-il pas proprement affolant de réaliser qu’il a fallu que ce soit Coluche (un humoriste !!!) qui crée les Restos du Coeur alors que le Parti Socialiste, pourtant au pouvoir, n’y avait jamais pensé ? Non, plutôt que de combattre la pauvreté, les socialopes, sous l’égide de Tonton, ont préféré créer SOS Racisme : une institution dont le rôle caché a manifestement toujours été de créer le racisme, favoriser la xénophobie et renforcer insidieusement le rejet de l’étranger. Et ce dans le but évident de promouvoir le FN et donc d’affaiblir électoralement la droite classique (et cela a parfaitement fonctionné jusqu’en 2002, mais Mitterrand n’était plus là pour le voir…).

« A Paris, tout a tellement changé que ce n’est même plus une ville, c’est juste une grande poubelle. Et la poubelle est pleine depuis si longtemps… » (P.A.R.I.S., Taxi Girl, 1984)

Eblouissement devant L’origine du monde, de Courbet, ou le Le déjeuner sur l’herbe, de Manet, au Musée d’Orsay. Balade sur les quais de la Seine. Apéritif prolongé au Café de Flore. Détour par le Palace, jadis la discothèque la plus moderne et avant-gardiste du monde. Et puis retour à la réalité : la pauvreté,  les mendiants et les pick-pockets qui s’affairent sur les Champs-Elysées. Chaque nuit ou presque, des gens dorment ou meurent sous les ponts dans le désœuvrement le plus total. Et que font les énarques du Parlement ? Ils votent une réforme du code du Travail qui va créer encore davantage pauvreté chez les gens d’en bas et, dans le même temps, enrichir considérablement les oligarques titulaires d’un compte offshore  (c’est-à-dire, bien souvent, eux-mêmes). Et puis ils lisent nonchalamment Libé à la terrasse de cafés des beaux quartiers pendant que leurs femmes dévalisent les boutiques huppées. A Saint-Germain-des-Prés et au Trocadéro, une bière pression quelconque se négocie aux alentours de 10 euros le verre de 25cl : ce n’est pas que du vol, c’est de la folie !

Et la folie, parlons-en… Paris semble remplie de fous, de déséquilibrés et doux dingues en tous genres – agressifs ou non. On en croise partout et tout le temps, dans les rues, dans les bars, dans le métro… S’il fallait résumer la population parisienne sur base de nos récentes observations, en caricaturant un tout petit peu et sans compter les touristes, on aurait d’un côté de richissimes bourgeois et, de l’autre, des mendiants et des fous. Et entre les deux, rien. Strictement rien, comme si le Parisien de base était soit un clochard soit un millionnaire vêtu de pied en cape de marques prestigieuses. Et comme tout le monde ici écoute du hip-hop (même les bourges, pour se donner un genre), ils ne chanteront pas Taxi Girl avec nous : M.E.R.D.E. !

(*) Paroles extraites de la chanson ci-dessus.

Je suis la nuit, je suis ton destin, alors suis-moi, suis-moi… (*)

Benjamin Schoos annonce la sortie en mars de son premier best-of, Profession chanteur, qu’il viendra défendre sur scène au Botanique à Bruxelles le 1er avril. Cette double info parue ces jours-ci dans la presse musicale m’a rappelé un  petit article que j’avais rédigé en 2014 au sujet de son concert à l’Archiduc avec Bertrand Burgalat. Pour une raison aussi inexpliquable qu’obscure, celui-ci n’avait jamais été publié…  

Bertrand Burgalat & Benjamin Schoos @ Archiduc, 2014

La noblesse de la pop
3 février 2014

Quelques notes retrouvées ce matin dans mon calepin de concerts :

Burgalat en gala,
Schoos, c’est autre chose,
Avec les Loved Drones, c’est pas la zone,
Dop Saucisse, faut pas que tu glisses,
A l’Archiduc, j’ai … (rime à trouver)
Gilles Vanneste, merci pour la guest.

Début de la review :

* (Paragraphe de présentation de Bertrand Burgalat supprimé car ressemblant trop à une fiche Wikipedia.) *

Sur le coup de 21h, la star du soir (NdJD: Bertrand Burgalat) commence son concert seul au piano – le fabuleux piano à queue de l’établissement, qui a déjà une longue histoire derrière lui ; Chet Baker y a joué, Bryan Ferry s’y est accoudé – et il charme immédiatement l’assistance par sa voix de velours… Une foule compacte se presse face à lui ; on y remarque des exilés fiscaux frenchies, des altermondialistes rentiers, mais aussi de nombreux artistes bruxellois subventionnés, des journalopes, des poseurs pop ou encore un hipster barbu déguisé en clochard dégueulasse (le t-shirt de Sonic Youth additionné à sa présence dans une soirée sur invitations semble confirmer qu’il s’agit bien d’un hipster et non d’un clodo). Parmi les VIP présents, on reconnait également une ministre gauche-caviar réputée ultra-fêtarde, maîtresse d’Arno à l’occasion et, il faut bien le dire, elle est carrément sympathique en vrai.

Un peu maladroit, évoquant plus souvent feu Thierry Le Luron que l’un des plus grands producteurs pop des vingt dernières années, le sieur Bertrand s’adresse timidement aux spectateurs et leur demande ce qu’ils ont envie d’entendre. Gentleman, il essaie de satisfaire tous les souhaits. Nous vivons, dès lors, quelques très jolis moments, notamment lorsqu’il interprète de façon un rien finaude son tube Ma rencontre, ou encore une très belle reprise de Follow me, tube disco d’Amanda Lear (deux chansons que l’on retrouve sur le splendide album live de 2001 Bertrand Burgalat meets A.S. Dragon), le tout à la manière d’un pianiste de bar… Comme Serge Gainsbourg au Club de la Forêt, Le Touquet-Paris-Plage, à la fin des années 50, sauf que c’est à Bruxelles, rue Antoine Dansaert, et que nous sommes au vingt-et-unième siècle.

I am the night, I am your fate, so follow me, just follow me… Se prenant manifestement au jeu, il accepte même de jouer l’air de la lambada lorsqu’un spectateur un peu con en fait bruyamment la demande… Il est ensuite rejoint par The Loved Drones, le backing-band de Benjamin Schoos dont plusieurs membres sont également actifs comme podcasteurs sur Radio Rectangle (NdJD: Tout comme votre serviteur à l’époque). Bertrand quitte alors le majestueux piano à queue pour s’installer derrière son synthétiseur et improviser avec les Liégeois un set post-krautrock psyché, gueulard, physique et franchement jouissif, en contact direct avec le public.

Pendant la dernière chanson du set, Charleroi 2035, Benjamin me fait au micro une dédicace humoristique en mentionnant mes origines carolorégiennes (je lui expliquerai ensuite que bien qu’étant effectivement né à Charleroi, je n’y ai jamais vécu, j’ai passé toute ma jeunesse à Gembloux !), puis il tend le mike à un Dop Saucisse en sueur, exalté, chauffé à blanc, qui se met à gueuler Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!!, tel le punk qu’il n’a jamais cessé d’être… « Cela faisait une heure qu’il attendait ça ! », s’exclame une petite voix derrière moi.

Fin de la review.

(*) Traduction libre de paroles de la chanson Follow me d’Amanda Lear, reprise par Bertrand Burgalat.