Lettres sublimées

Une nouvelle rubrique relatant la correspondance entre le maître des lieux et le philosophe qui a inspiré le concept Sublimation. Son titre ? On hésite d’abord un instant. Sera-ce Dialogues sublimés ? Non car cela évoquerait trop Naulleau et Soral. Sublimations dangereuses ? Trop caricatural, et Liaisons sublimées sonne un poil trop précieux… On opte finalement pour Lettres sublimées, en référence aux Lettres persanes de Montesquieu (un antisémite, parait-il, mais là n’est pas la question). Yû ouvre le bal.

lettres sublimées
La rencontre

YÛ :

Finalement, ce que je retiens de toi est cette réflexion très juste que tu avais assénée sur un quai : « Un chat n’a pas vocation à être tenu en laisse. » Cette remarque résiste tant et si bien à tous mes assauts que je ne peux que m’incliner face à sa perfection, tel Raymond Loewy face à la bouteille Coca-Cola. Si Philippe Léotard était encore parmi nous, il ricanerait à la place de Leonard Cohen — mais pas Dylan ; Dylan a de l’humour, mais pas celui-là — en disant : « Tout ça pour ça, tout ça ne vaut pas. » Et pour une fois, je ne serais pas d’accord avec lui.

JERÔME :

Lorsque tu m’as dit que tu introduirais ces échanges épistolaires en évoquant notre rencontre, j’ai pensé que tu ferais d’abord allusion à nos premiers contacts virtuels, de comment je t’avais repéré parmi les commentateurs de Pop-Rock.com et proposé de rejoindre la rédaction. Sais-tu que j’ai correspondu quotidiennement pendant neuf ans avec Stéphane R., le cofondateur et ex-webmestre du site, sans jamais le rencontrer ? Il n’avait pourtant pas l’excuse d’habiter à l’autre bout du monde, comme Vincent Ouslati, puisqu’il vivait en Belgique, à une centaine de kilomètres à peine de chez moi. Avec le recul, je ne m’explique pas vraiment pourquoi nous n’avons même jamais été boire un verre ensemble une seule fois pendant toutes ces années. Rien de tel avec toi : à peine recruté, tu semblais pressé de venir à Bruxelles vérifier si notre plumage était aussi beau que notre ramage.

Je garde un souvenir vivace de cette première soirée avec toi, de tes blagues douteuses au restaurant à propos d’une prostituée arabe sidéenne – on n’a qu’une seule occasion de faire une première bonne impression, pas vrai ? –, le tout en affichant ostensiblement les quatre brûlures de cigarettes, manifestement auto-infligées, qui ornaient ton avant-bras. Peu après, au DNA, tu as souhaité m’offrir une pilule d’ecstasy (c’est toujours gentil de penser à amener un cadeau à son hôte) mais elle a finalement terminé dans l’organisme d’une punkette prénommée Laurence qui manqua de s’effondrer immédiatement avoir l’avoir ingérée. Toi, tu tenais mieux le choc, tu dansais, tu sautais et tu zieutais dans les décolletés… Pour ta première expérience de Parisien dans le microcosme rock du Brussels by night, je crois que l’on peut dire que tu ne t’es pas ennuyé.

Moi, je suivais cela de loin car j’étais en plein set de foutage-de-disques avec Yeti Popstar. Je me souviens que tu avais l’air impressionné de rencontrer un membre de Front 242 en chair et on os, mais aussi le sulfureux duo Etron dont la réputation n’était déjà plus à faire et qui a d’ailleurs à nouveau causé un petit incident ce soir-là. Après, on t’a perdu, je crois que tu es sorti vomir dans la ruelle attenante, Marc t’a vu plus tard tenter d’escalader la grille du Manneken-Pis et faire peur à des touristes. En résumé, tu n’as pas loupé ton entrée ! Avec le recul, je t’avoue qu’on t’a quand même tous trouvé un peu bizarre, ce premier soir… Bizarre, borderline et curieusement attachant. Mais l’essentiel, c’est que nous avons pu vérifier que ce que nous prenions à l’écrit pour des poses surjouées de dandy provocateur correspondaient à la personne que tu es vraiment, ce qui rendit la lecture de tes chroniques encore plus passionnante.

YÛ :

Je me suis toujours méfié des informaticiens et du dogmatisme auquel ils se constituent prisonniers avec un cerveau aussi vide que leurs couilles sont pleines ; exception faite si tu comptes la masturbation comme procédé de vidange, auquel cas les leurs pèseront toujours moins lourd que les nôtres, et pas seulement en terme de fluides corporels. Si en plus ledit informaticien est un apôtre de Spip, le rencontrer sans le tuer équivaudrait à se rendre complice d’un crime contre l’humanité. Tu peux donc te satisfaire de ne pas t’être sali plus que cela.

Le membre de Front 242, c’était Jean-Luc de Meyer et si j’étais impressionné, c’était par la seule attitude des gens autour de lui, de petites gens obséquieux venant lécher des pompes dont les semelles n’avaient pourtant pas marché dans le miel. Et de s’offusquer : « Mais tu ne vas pas lui dire bonjour ? ». Non. Je ne le connais pas et si j’étais à sa place, j’aurais juste envie que l’on me foute la paix, ou tout du moins que l’on ne me dérange que pour quelque chose d’important, comme une invitation à une soirée dégradante pour au moins deux des personnes présentes ou le temps de m’offrir une boisson que j’aime sans attendre que je réponde à un lot d’âneries banales. Et, de toute façon, je ne voulais à ce moment qu’une chose : commander un verre, car j’avais soif.

Bruxelles, je connaissais déjà un peu. J’y étais venu et je m’y étais ennuyé. Les gens étaient peu aimables, la ville grise et l’Atomium poussiéreux. Quelle purge ! En fait, je n’avais pas du tout envie d’y revenir et encore moins de vous voir. Non pas que je ne vous aimais pas, mais cela revenait à faire des efforts de sociabilité et de respectabilité qui étaient forcément voués à l’échec. Combien de temps ai-je d’ailleurs tenu avant de céder à ma sociopathie ? Dix minutes ? Toujours est-il que je suis venu parce que j’ai calculé que c’était socialement attendu de moi.

Les brûlures n’étaient toutefois pas sociales. C’était un défi sur les quais de Seine avec une amie aujourd’hui disparue qui pensait arriver à me faire céder ; quelque chose que je fais très mal. Au final, je continue de trouver stupide une personne qui se plaint du prix des cigarettes et brûle les siennes sur un avant-bras au lieu de les fumer. L’incohérence est pourtant évidente !

De même, j’ai été très déçu de constater que le Manneken-Pis charrie de l’eau et non pas de la bière. L’expression attrape-touriste prend ici tout son sens, encore que je n’ai pas payé pour y boire. J’étais avec Marc et je me plaignais du fait que la statuette n’était justement pas une statue, mais une petite chose ridicule, comme si la Belgique était complexée au point de miniaturiser jusqu’au phallus qui la définit. Emporté par le lyrisme, je suis allé jusqu’à déclarer à la galerie qu’il n’était même pas possible d’y boire, jusqu’à ce que je réalise que la grille était de fait assez peu haute. Tenant à faire amende honorable, je l’ai donc enjambée et je suis allé boire en me tenant en équilibre sur le bord du bassin ; preuve s’il en est que je n’étais pas si saoul puisque j’ai réussi à ne pas tomber dans l’eau. Par contre, j’ai oublié de donner mes coordonnées aux touristes anglais ayant immortalisé la scène. Potentiellement, les photos sont belles.

Plus déprimant, je ne me souviens pas de Laurence ; brune aux gros seins mais sans lunettes ? On ne peut pas tout avoir.

Etron ne m’a cependant pas déçu. Ils ne sont pas restés longtemps, mais je sentais qu’ils avaient envie de se frotter à moi dans une optique tout autre que sexuelle et j’ai apprécié cela. Je regrette qu’ils me fassent maintenant la gueule, d’ailleurs, mais j’ai ma part de responsabilité, n’ayant jamais pris le temps de leur dire que non, je n’avais pas cherché à leur nuire volontairement. Mais c’est une autre histoire et leur dernier album est de toute façon tellement mauvais que mes regrets sont dissipés.

(J’avais tant de pilules que cela sur moi ?)

Néanmoins, je n’oublierai pas la gueulante du patron du DNA — « Comment ça, il est entré ?! » — qui à elle seule valait le déplacement. Et puis, les deux crapules d’Etron cotent bien plus que la majorité des gens croisés à Bruxelles.

Même si le taxi du retour était cher, même s’il est toujours fatigant de ne dormir que deux heures après une soirée alors que les autres ont besoin d’une journée entière pour cuver leurs quelques bières, même si ta femme portait du vernis à ongles et que je déteste cela, même si je n’ai pas pu vomir sur qui je voulais et même si Bruxelles reste une ville maussade le jour, je me suis effectivement bien amusé.

Après tout, c’était quand même moins cher que Paris.

Front 242

La fin de Pop-Rock

JERÔME :

Cette nuit épique aura en tout cas scellé de belle manière ton intronisation dans l’équipe. Nous étions encore loin de nous en douter mais, ce soir-là, les cadres de la rédaction se réunissaient au complet pour la toute dernière fois. You can’t put your arms around a memory, chantait Johnny Thunders, et il disait vrai, mais tu sais que je suis encore parfois un brin nostalgique de cette période. Je repense de temps à autres à la dream team que nous formions, à tout ce que nous avons accompli pendant toutes ces années et je m’interroge : comment en sommes-nous arrivés à ce point de non-retour ?

Tu t’en doutes, j’ai surtout eu beaucoup de mal à digérer la bassesse de Prévost, que je considérais comme un ami et qui a agi tel un Judas en dynamitant à dessein l’équipe magnifiquement rodée que j’avais patiemment formée. Mon plus grand regret est de ne pas avoir eu avec lui une ultime conversation de vive voix à ce propos… Sais-tu que ce grand courageux était venu spécialement de Paris pour assister au concert de Killing Joke à l’AB et qu’il n’a pas osé s’y montrer de peur de m’y croiser ? (L’affaire venait d’éclater). J’ai passé la soirée à le chercher en vain, fouillant chaque recoin de la salle. Entre nous : il a bien de la chance que je ne sois pas allé le surprendre dans sa chambre d’hôtel au Métropole, où il se terrait, ce qui m’a été confirmé par la suite. Dans l’émotion de l’instant, je pense que j’aurais été d’humeur à me tester au lancer de nain.

Dans cette histoire, la bonne surprise est venue de toi, qui m’a maintenu ta confiance à travers toutes les péripéties pop-rockiennes ; y compris en acceptant de revenir après l’intérim de la Crampe, alors que je sais que tu m’en as – à juste titre – voulu d’avoir nommé ce gros âne bâté rédacteur-en-chef. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, c’est certain, mais je serais quand même curieux d’avoir ta vision de ces événements, tiens…

YÛ :

Contrairement à ce que tu sembles penser, je ne t’en ai pas voulu pour la Crampe.

Quand j’ai commencé à travailler dans la presse, le créateur d’un magazine m’avait dit qu’il considérerait avoir réussi à partir du moment où il pourrait quitter l’équipe sans que tout s’effondre. Sur le moment, j’ai trouvé cela absurde, mais avec le temps, j’ai compris ce qu’il voulait dire. Et c’est quelque chose de plus difficile qu’on ne le croit : il a échoué, tu as échoué et j’ai également échoué.

Pourtant, l’équipe était en effet géniale, une véritable armée de cinglés, un écoutant Pink Floyd en charentaises, un autre se vantant d’avoir passé des années entières à n’écouter que Pornography, un autre encore qui finira poignardé dans le dos par sa fille. J’en passe et des pires, un peu comme ce type, qui portait de la lingerie féminine en satin et ne sortait jamais sans sa poupée Barbie préférée, tout en étant capable d’improviser un rapport complet sur l’évolution européenne des réseaux de diffusion numériques, pays par pays. Gros Dégueulasse disait que les gens heureux le font chier, mais les gens heureux ne sont finalement que des gens normaux sans réelles exigences. J’en veux pour preuve que les gens heureux ne font rien, car ils n’ont justement besoin de rien.

Prévost n’était pas heureux, il était juste vieux. C’est un garçon qui a un jour regardé Le cercle des poètes disparus et a pensé tout au long du film que John Keating avait tort. La raison de sa trahison, ne la cherche pas plus loin que moi. J’ai montré une voie dans laquelle tu t’es engouffré, maladroitement qui plus est, alors qu’elle était en totale opposition avec ses idéaux conservateurs. Il suffit de regarder cette chronique d’un album de Mylène Farmer, dont le disque était tellement mauvais que j’ai préféré parler de la jaquette, qui était réussie. Il était tellement scandalisé que je ne parle pas d’un disque dont il n’y avait rien à dire qu’il a rédigé une chronique digne de celle que tu avais écrite sur le This is Hardcore de Pulp ; chronique tellement mauvaise que tu devrais l’encadrer au-dessus de ton bureau pour te rappeler d’où tu viens. Me concernant, je retiens surtout deux choses de Prévost : personne n’imite aussi bien que lui ton accent wallon mais il n’aime pas Effigy. L’un annulant l’autre, je ne me rappelle de son existence que lorsque tu m’en parles.

Pourrions-nous relancer Pop-Rock ? Paradoxalement, je répondrais que oui, mais dans une forme autre, qui se casserait économiquement la gueule mais qui serait l’occasion d’un bon coup. Tu me connais, j’ai toujours un paquet d’idées malsaines mais jamais assez d’assistantes.

Après tout, même la Crampe n’avait pu foutre la dynamique en l’air. Certes, étant au moins aussi pousse-mégots que Prévost, son échec était totalement inéluctable. Mais, après tout, ce n’est qu’en touchant le fond que l’on peut rebondir. Sans cela, on ne fait que gesticuler ce qui, aux siècles des économies d’énergie, est assez peu élégant. Ce pourquoi je ne t’en veux pas, d’abord parce qu’il était devenu nécessaire de prouver le mouvement en marchant, ensuite parce que tu es resté correct, en me prévenant à l’avance et en acceptant d’emblée ma démission, effective très exactement deux minutes avant que la Crampe ne prenne son poste ; j’avais compté une minute de marge pour palier aux difficultés conceptuelles de cette dernière. Ce qui ne l’empêchera pas de faire acte de révisionnisme, mais c’est de toute façon l’une des caractéristiques significatives de ces gens-là.

J’étais soulagé de ne plus avoir le poids de Pop-Rock sur les épaules ; j’étais fatigué et je tournais en rond. Produire de l’étron au kilomètre, n’importe qui peut le faire. Mais ainsi que le disait Leonard Cohen — encore lui ! —, écrire une bonne chanson prend du temps. Ce pourquoi ses albums sont tous impeccables tandis que Moby n’a jamais proposé quoi que ce soit de valable ; pas un seul bon titre sur les plus de dix mille qu’il se vante d’avoir produit. Et je te l’avais déjà dit en d’autres termes : ce n’est pas la direction que je voulais pour Pop-Rock, même si j’avais promu le mouvement contraire une semaine durant.

Parce qu’au delà des divergences artistiques, la volonté de montrer qu’il ne s’agissait pas là d’une impossibilité technique, mais bel et bien d’une prise de position.

De la Crampe à l’après Pop-Rock

JERÔME :

Je ne vais pas consacrer trop de temps à disserter au sujet de la Crampe, tout a déjà été dit à son sujet. Les chiens ont des puces et les blogs dignes de ce nom ont des trolls (du moins ceux qui sont ouverts aux commentaires), c’est comme ça et on ne peut rien y faire. La Crampe était l’un de nos trolls les plus assidus et il a été le premier à souffrir de son assiduité (dans son cas, on peut même parler d’assuétude). En voulant nous entraîner sur le terrain de la « fight internet », comme il dit, il est allé d’humiliations en humiliations ; il faut dire que nous n’avons pas toujours fait dans le détail lorsqu’il s’agissait de riposter. Tu te souviens probablement que j’ai été le tout premier à dévoiler une photo de lui – et pas sous son meilleur profil –, et ce alors qu’il avait toujours soigneusement veillé à demeurer incognito, préférant naturellement éviter que les gens qu’il passait son temps à insulter sur le net puissent le reconnaître dans la rue. Car en bon troll de blogs, la Crampe est un Rebel Without a Cause derrière son clavier mais un pleutre mielleux dans le monde réel… Qui en doutait ?

Le coup de grâce fut sans aucun doute ce piège que je lui avais tendu, lorsque je lui ai proposé d’assumer la fonction de rédacteur-en-chef de Pop-Rock ; piège dans lequel il s’est empressé de se jeter, se retrouvant du coup dans la situation d’un supporter de foot qui invective les joueurs depuis le bord du terrain et à qui le coach dirait « Vas-y, enfile des chaussures à crampons et viens marquer les buts ! ». Fort de son expérience à la tête d’un magazine culturel belge d’un certain renom (même si gratuit), il pensait être l’homme de la situation. Il a pourtant échoué à ne fût-ce qu’égaler mes performances et celles de notre équipe : jamais nous n’avions connu une telle chute de fréquentation ! Tu avais parié une bouteille de champagne qu’il tiendrait six mois et il a jeté l’éponge au bout de quatre seulement… Minable ! On avait rarement assisté à un tel échec dans le monde de l’édition online, à tel point qu’il se garde bien de faire mention de cette mésaventure sur son CV.

Par la suite, le site a encore existé pendant deux bonnes années grâce notamment à tes contributions souvent très inspirées (j’ai particulièrement apprécié ta période dans le rôle d’éditorialiste), mais aussi au dévouement et à la créativité d’un Vincent Ouslati (qui, dans ses meilleurs jours, faisait oublier Lenglet). De mon côté, le cœur n’y était plus vraiment mais je faisais de mon mieux pour maintenir l’embarcadère à flot. En 2011, il est toutefois devenu évident que j’avais besoin d’un nouveau défi, d’une nouvelle aventure. Ce challenge, ce fut Sublimation, dont tu as non seulement trouvé le nom, le slogan mais aussi imaginé le concept. Je n’oublie pas que nous avions d’abord décidé de piloter ce nouveau site d’opinions en duo, et cela m’emballait. Si j’en reparle, c’est parce que je t’avoue que je n’ai pas bien compris pourquoi tu as renoncé à cette idée juste avant le lancement du blog, me laissant finalement seul aux commandes. J’apprécierais que tu éclaires ma lanterne à ce propos…

Quoi qu’il en soit, ce qui ne devait être au départ qu’un blog de chroniques a pris une dimensions supplémentaire avec l’arrivée des podcasts pour Radio Rectangle. Quand Benjamin Schoos, après m’avoir appâté, m’a demandé comment s’intitulerait mon émission, le nom Sublimation s’imposait comme une évidence : ma participation à cette web-radio s’inscrirait dans le prolongement du blog, comme avaient déjà pu le faire mes DJ sets rock lorsque j’en réalisais. A ce sujet, même si je sais que tu n’écoutes pas mes podcasts régulièrement, je t’invite à jeter une oreille attentive à celui qui sera diffusé ce jeudi matin. Dans ce trente-huitième (!) épisode, je reçois Axel du Bus qui a publié Cent classiques rock et leur sens caché, un livre très intéressant consacré aux paroles des chansons, il marche très fort en Belgique et sortira prochainement en France (pour te convaincre, je précise qu’il est grand fan de David Bowie et en parle très bien). Nous avions convenu de nous retrouver dans un bar franchement louche à Schaerbeek, ce qui donne à cette entrevue un aspect à nouveau plus proche de la conversation informelle de bistrots que d’une interview à proprement parler (cela devient d’ailleurs la marque Sublimation, tu le sais si tu as entendu les dernières). Plus tard dans la même émission, je discute le coup à la sortie d’un cabaret underground avec le groupe Nervous Shakes, que je suis sûr que tu apprécierais beaucoup. Ces mecs sont de vrais bons vivants qui incarnent sans même frôler le ridicule tous les clichés du rock’n’roll. En attendant d’avoir le plaisir de te recevoir à ton tour comme invité (peut-être dans l’émission de février ?), je serais curieux de lire ton avis sur cette dernière émission et, de manière générale, sur la façon dont j’ai transposé le concept Sublimation au format radio libre.

YÛ :

Tenir une émission de radio m’a toujours tenté ; mes quelques incartades sur les ondes ont d’ailleurs confirmé cette velléité. Comme toujours, mes passages ont été agréablement chaotiques et j’ai systématiquement eu carte blanche pour la programmation, toujours bien accueillie. Mais il y a un monde de différence entre une invitation ponctuelle et une responsabilité régulière et j’ai toujours autant la charité en horreur ; à partir d’un certain point, un loisir devient un travail. Or tout travail s’échange contre un salaire. Plus qu’une nécessité, c’est un principe. Que certains veuillent crever de faim au nom d’une crypto-éthique ou de revendications fumeuses, c’est leur problème ; qu’ils crèvent en assumant leurs choix en silence, c’est-à-dire sans aller quémander des aides sociales ou parentales qu’ils ne méritent pas. Mais je pars du principe que si l’on est réellement bon dans ce que l’on fait, alors la rémunération suivra sans avoir besoin d’aller la chercher ; cela a toujours été mon cas.

De fait, Pop-Rock a toujours été un caprice de ma part. Un défi, aussi. Lorsque je suis tombé dessus par hasard, lors d’une recherche n’ayant aucun rapport avec la chronique de Led Zeppelin obtenue, j’ai été impressionné et donc stimulé. J’ai lu tout le site, je me suis demandé si j’étais capable de faire aussi bien et lorsque tu as lancé Claire Chanel, j’ai parié que j’arriverais à intégrer l’équipe de telle façon que tu viendrais me chercher. Sauf que c’est allé beaucoup plus loin que ce que j’avais prévu.

J’admets volontiers une certaine naïveté de ma part : je ne passe jamais inaperçu et croire que ce serait différent sur Internet était complètement illusoire. Comme quoi, la différence ne tient pas juste à l’ethnie et au patronyme ; elle est fondamentalement morale. Et le fait est que le seul moment où je n’ai pas été moi-même avec Claire Chanel est lorsque je suis resté poli vis-à-vis de certaines personnes qui se masturbaient frénétiquement d’une main tout en assénant jusqu’à plus soif — nous sommes d’ailleurs en droit de nous demander de quoi — que Claire Chanel était Jérôme Delvaux. Une fois encore, le sage montrait la lune à des imbéciles focalisés sur le doigt, qui plus est même pas le bon. Pour le reste, ma flemme reste légendaire : écrire la légende demande trop d’efforts, alors contentons-nous des faits, car les dialogues sont déjà écrits.

Et, surtout, je ne supporte pas les emplois du temps. Systématiquement, à chaque rentrée scolaire, je reste traumatisé par les réminiscences de ma jeunesse, m’asseyant pour la première fois dans une salle de classe et me rappelant avec effroi que j’allais y passer toute une gestation. A part le vin rouge et la possibilité d’une vie après la mort, il n’y a rien de plus terrifiant pour moi. Inutile de dire que ta volonté d’actualiser Pop-Rock de manière quotidienne m’a toujours poliment agacé. Pop-Rock, à la rigueur, c’est de l’exercice de style et si je voulais m’avilir à nouveau à pondre du texte fade au kilomètre en échange d’un salaire, je serais retourné au journalisme. Mais si j’ai justement quitté ce dernier, c’est parce que le format est à la fois inintéressant et sapé à la base.

Ce qui à mon avis a toujours fait la force de Pop-Rock a été l’érudition des chronique(ur)s, le côté Pop ; le côté Rock, je l’ai amené un peu par hasard, en décrivant dans le back-orifice une soirée comme une autre au bar en face de chez moi et le manipulateur agressif que tu es a tout de suite compris la portée du geste. Un peu, car l’album accolé au texte avait servi de musique de fond à la soirée et à la rédaction du compte-rendu ; la musique étant un stimuli comme un autre, penser qu’un autre disque aurait produit la même ambiance est preuve d’impéritie.

Et c’est quelque chose qui me plaisait : au lieu de garder mes textes pour moi, je les publiais dans un espace où j’avais royalement la paix. Après tout, la seule personne à avoir hurlé en lisant l’un de mes articles n’est autre que toi, ayant purement et simplement refusé de publier le papier. Pourtant, il était magnifique de snobisme méprisant. Mais j’admets que seule une infime partie du lectorat (dont Vincent Ouslati) aurait comprit ; majoritairement, les gens se complaisent dans une ignorance qu’ils prennent pour du savoir tout en considérant le savoir des autres pour de l’erreur. Cela peut paraître prétentieux, mais il s’agit juste de se renseigner, de recouper les sources d’information tout en les hiérarchisant et, surtout, de lire ; à défaut de plus, au moins toujours, car il n’y a pas de surplace.

Contrairement à la croyance populaire — preuve s’il en est qu’il n’y a rien de plus con que le peuple —, ce n’est pas la démocratie qui s’use si on ne s’en sert pas, c’est le cerveau.

Tu comprendras donc qu’à partir d’un moment donné, je sentais que Pop-Rock devenait une entreprise telle qu’a pu l’être Kiss, quand Simmons tenait Frehley par la main pour l’emmener de force sur scène, tel un enfant ne voulant pas aller à l’école. Je n’ai jamais voulu aller à l’école mais je n’ai également jamais voulu faire de scène — dans tous les sens du terme — alors j’ai toujours obtempéré ou, dans le cas qui nous intéresse, esquivé. Cela s’est produit pour Pop-Rock et je l’ai pressenti pour Sublimation. J’ai remarqué que la tension de Pop-Rock revenait, sauf qu’il n’y avait plus le tampon d’une équipe pour permettre de conserver un équilibre fonctionnel. Alors j’ai préféré te laisser le bébé avec l’eau du bain plutôt que de tout mettre en péril ; le projet et le reste.

Aujourd’hui encore, en écrivant tout cela, je ne regrette pas mon choix. Tu te débrouilles très bien et, après tout, j’ai conçu Sublimation en ayant ta personnalité en tête. Ce n’était pas un projet personnel, mais vraiment quelque chose de calibré pour Bruxelles-Village. Et nous savons tous les deux que si un jour je dois quitter le pays pour des raisons fiscales, la Belgique ne sera pas mon premier choix.

De toute façon, et comme je l’ai écrit plus haut, Pop-Rock était un caprice de ma part ; ce n’était pas mon gagne-pain, plutôt un espace de liberté. Et, à côté de cela, j’ai d’autres projets et travaux autrement plus importants car non seulement rémunérés mais également confiés ; ce sont des missions qui m’ont été attribuées par des entités comptant sur moi et quand bien même je reste un individualiste solitaire, mes responsabilités sont grégaires. Du coup, je garde mon petit espace de liberté dans mon coin, mis à jour quand j’ai le temps et surtout quand bon me semble et, au final, nous continuons d’échanger sans animosité.

Au vu de nos personnalités respectives, force est d’admettre que l’exploit n’est pas mince.

Killing Joke

La passion et l’argent

JERÔME :

Contrairement à toi, je n’ai jamais considéré qu’un travail exercé dans le cadre d’une passion devait nécessairement générer une rémunération. Lorsque j’ai créé Pop-Rock avec les frères Ptizizi, j’ai opté spontanément pour l’option de l’autofinancement, me plaçant de facto dans la position d’un mécène en plus de celle de l’éditeur. En vérité, la question ne s’est même pas posée : il était totalement exclu de placer des bannières de publicité et autres fenêtres intrusives sur un webzine se revendiquant de l’éthique rock (*). Dès lors, non seulement Pop-Rock ne me rapporterait pas d’argent mais il m’en coûterait chaque année un peu plus (tout comme ce site-ci m’en coûte également), et les chroniqueurs seraient tous bénévoles. Money is not our God : cette chanson de Killing Joke aurait pu devenir notre hymne. Cette approche désintéressée est d’ailleurs la condition sine qua non d’un tel projet motivé par la passion car si des espèces sonnantes et trébuchantes rentrent dans les caisses, comment les répartir entre les membres de l’équipe ?

Rapidement, des rémunérations indirectes ont toutefois commencé à arriver sous la forme de disques promo, invitations à des concerts, pass backstage pour des festivals et d’autres avantages en nature moins avouables. Je fus le premier surpris lorsque le service de presse de EMI France me contacta afin de me faire parvenir toutes les nouvelles sorties pop et rock du label (alors que EMI Belgique m’a toujours royalement ignoré). Leurs livraisons cessèrent toutefois après que j’ai détruit, au sens propre comme au figuré, l’album d’un groupe français médiocre (**) qu’ils tentaient désespérément de mettre en avant ; dommage, mais l’intégrité est à ce prix !

Une autre tentation fut celle de la subvention. La Communauté Wallonie-Bruxelles (c’est le nom officiel de la partie francophone de la Belgique) subventionne le monde artistique à tour de bras. Il s’agit évidemment d’une forme d’assistanat déguisé ; plutôt que de dire à de pseudo-artistes miséreux de se sortir les doigts du cul et de se chercher un vrai boulot, la Communauté les aide à demeurer éternellement dans l’oisiveté et la rêverie. Triste réalité d’une région ayant le marxisme inscrit dans son ADN ! Pourtant, si un artiste ne peut pas vivre de son art sans aides publiques, c’est que l’art n’est pas son métier mais seulement un hobby, et il n’y a aucune raison que la Communauté finance sa subsistance. C’est fidèle à cette logique que j’ai refusé que Pop-Rock soit subsidié lorsque cela m’a été proposé par Pierre A., le fonctionnaire chargé de la distribution des étrennes aux artistes belges et aux médias qui en font la promotion. Ce même Pierre A. promettait que son ministère s’abstiendrait de toute forme d’ingérence dans notre ligne éditoriale. Il poussa pourtant une gueulante quelques mois plus tard après notre publication d’une galerie de photos exclusives du groupe Emma Peal (honni par le pouvoir socialiste en Wallonie car ouvertement anti-système). La séance photo chez Philippe Carly avait été lourdement arrosée à la vodka et Séverine, la bassiste, l’avait terminée nue ; oh shocking ! Je fus convaincu ce jour-là d’avoir eu raison de ne jamais accepter ce qui aurait moins ressemblé à une aide qu’à une mise sous tutelle.

De manière générale, être payé pour écrire ne m’a jamais intéressé car cela me dépouillerait de ce qui m’est le plus cher dans cette activité : ma liberté. Contrairement à ce que certains journalistes semblent penser, je n’ai jamais envisagé une carrière dans la presse et je ne nourris aucune forme de jalousie envers quiconque dans ce métier. Je n’ai aucunement envie d’être l’un de ces scribes serviles du système qui sont obligés de faire l’éloge de Stromae « parce qu’il faut bien vivre » (crois-le ou non, je suis LE SEUL ET UNIQUE critique belge qui ait pu lui tailler un costard). A cela s’ajoute aussi l’aspect pécunier. Je ne veux pas être présomptueux mais je suis habitué à un certain train de vie auquel de nombreux titulaires d’une carte de presse peuvent difficilement prétendre. C’est sans doute différent à Paris mais, ici, ce métier est particulièrement précaire. Pour survivre, les journalistes culturels doivent cumuler deux ou trois jobs sous-payés dans la presse écrite, l’édition online, la radio et, au final, il s’habillent tous en seconde main.

Certains de mes haters me font d’ailleurs régulièrement ce reproche que je trouve à tout le moins surprenant : celui de travailler. Comme si le fait d’être cadre dans le secteur privé la journée (ou d’exercer n’importe quelle autre profession d’ailleurs) m’empêchait d’avoir des avis éventuellement pertinents sur la musique et d’enregistrer des podcasts de qualité à la nuit tombée. A la lecture de certains commentaires, j’ai le sentiment qu’une très hautaine intelligentsia de journalistes bruxellois encartés considère que seuls les membres de leur caste ont le droit de s’exprimer publiquement. Le troisième pouvoir n’en est plus vraiment un depuis l’avènement des blogs et, crois-moi, ça leur fait mal au cul.

La vérité, c’est que je suis à la fois un « blogueur influent » et un modeste salarié ; un « petit employé », comme le dit élégamment Myriam Leroy, qui n’a pourtant aucune idée précise de ce que je fais au quotidien. Ce n’est pas incompatible : Sublimation est un hobby, j’écris et j’enregistre des émissions comme d’autres vont jouer au tennis de table, faire de l’équitation, filmer leur femme en gang-bang ou suivre un cours de poterie. Cela me ramène d’ailleurs à une question de ma lettre précédente à laquelle tu n’as pas répondu : quand viens-tu sublimer le rock avec moi ?

Mon album des Stranglers se termine, je m’arrête donc ici pour aujourd’hui.

Dans l’attente de te lire, blablabla…

(*) Tout au plus ai-je accepté les deux dernières années le discret petit moteur de recherches d’un site de ventes qui payait 300 euros par an, c’est-à-dire même pas le total des frais d’hébergement du site.

(**) Ceci est une lapalissade.

lettres sublimées

YÛ :

Le manipulateur agressif que tu es essaye de me faire dire ce que je n’ai pas écrit ; la nécessité d’une rémunération apparaît à partir d’un certain point et toute la question est d’arriver à le situer.

D’ailleurs, tu prévois toi-même d’arrêter tes émissions, vu le temps que tu y consacres en plus d’un travail à temps plein et d’une famille composée de deux femmes, dont une bientôt adolescente. Et quand je regarde tes priorités, je me rends compte que tu supprimes ce qui n’est pas la famille et ce qui ne fait pas vivre ta famille ; donc ton bénévolat.

Mais la vraie question, tout du moins celle qui m’intéresse, concerne celle de la liberté et de l’argent.

Passons rapidement la question de la liberté, qui reste partiellement illusoire : après tout, personne ne dispose d’une liberté pleine et entière. Le simple fait que nous devons nécessairement mourir est déjà une atteinte à notre liberté, qui n’est donc plus totale et se grignote d’autant plus que d’autres paramètres rentrent en ligne de compte : autrui et toutes les coquecigrues qu’il invente pour se donner de l’importance, telles que la démocratie, le politiquement correct ou encore les dates butoirs de remise des articles.

Surtout ces dernières, d’ailleurs, mais c’est là encore un autre débat.

L’argent n’est pas vraiment un problème. Enfin, ceux qui n’en ont pas considéreront qu’il s’agit d’un problème, mais en même temps, et ainsi que le disait en substance Garrett Hardin, si les pauvres sont pauvres, c’est bien parce qu’ils sont trop cons pour être riches. Ils sont incapables de ne pas se faire exterminer ou réduire à l’esclavage et il vaut mieux les laisser crever plutôt que de chercher à les entretenir, au risque de nous appauvrir nous aussi pour des gens qui non seulement ne nous renverront jamais l’ascenseur, mais qui en plus nous faucherons à la première occasion. C’est la loi du plus fort, et autant j’apprécie Platon, autant lorsque ce dernier nous explique que la loi du plus fort n’est pas un exemple à suivre, il ne fait qu’appliquer cette dernière, en dominant par l’intellect tous ceux qui recourent à la seule force physique ; en l’état, le principe est le même, puisqu’il devient alors le plus fort et qu’il manipule les gens, avec une roublardise qui a dû rendre fier Socrate.

Dès lors, je ne vois aucun inconvénient à être payé par Universal Music pour donner mon avis, qui est d’ailleurs qu’Universal Music vend de la pacotille pour supermarchés tout en étant dirigé par un grossier totalitaire. Après tout, nous vivons dans une société de droit dans le sens où les contrats servent justement à encadrer de façon très précise les raisons pour lesquelles cet argent est versé. Tout individu ayant signé le contrat sans en regarder les termes n’a pas été dupé, mais a bel et bien fait preuve de médiocrité et il est seul responsable de ses ennuis.

D’autant plus que cela va dans les deux sens : penser que l’argent peut tout acheter est illusoire. Ce n’est pas de la pensée belle et bonne, mais bel et bien un fait avéré : j’ai acheté le disque, j’en fais ce que je veux. Eh bien non, pas du tout ! Tu t’enfonces le support dans le fondement si tu veux — et tu n’oublies pas de diffuser la vidéo, merci —, mais l’œuvre morale gravée sur ce support ne t’appartient pas. Florent Pagny l’a très bien chanté, avec un cynisme et une mélodie assez réjouissants, d’autant plus que l’album est édité par Universal.

D’aucuns rétorqueront que Florent Pagny s’est exilé fiscalement de la France et je lui donne raison. Dans un pays où être riche est mal vu par des gens qui veulent le devenir non seulement en ne faisant rien, mais en plus en étant médiocres, je comprends parfaitement qu’il ne veuille pas partager avec ces parasites-là.

Cette même vermine qui est la première à critiquer les gens de la classe moyenne, ceux qui ont un travail et cherchent non seulement à conserver leurs acquis, mais veulent en plus continuer de s’élever. Si une partie de la population reste pauvre, ce n’est pas seulement parce que l’ascenseur social est en panne — n’a-t-il jamais fonctionné, d’ailleurs ? Enfin, à part pour les allogènes — mais parce que cette fange est trop paresseuse pour prendre l’escalier. Tant pis, qu’elle reste en bas, assise à attendre tandis que d’autres attendront en marchant.

Car il n’y a pas de secret : quand un journaliste ne gagne pas sa vie, c’est uniquement parce qu’il est médiocre. Un bon journaliste fera une bonne carrière et ne s’habillera pas en prêt-à-porter. Par contre, effectivement, cela demande beaucoup de travail et de persévérance, car cela implique de toujours se remettre en cause pour constamment s’améliorer, s’éduquer et tout simplement, tu me passeras l’expression, rester à la page. Ouvrir un compte Twitter pour exprimer sa jalousie derrière son écran tout en bouffant une sucrerie ne fait pas de toi un journaliste. Et quand je vois des journaux qui viennent demander de l’aide à l’Etat, je suis scandalisé. Ce n’est pas comme si la révolution numérique n’avait pas été annoncée et que lesdits journaux n’ont pas eu, au bas mot, plus de deux fois le délai nécessaire pour préparer la transition et ne pas se retrouver dans une impasse.

Au final, il faut arrêter de se focaliser sur l’argent, car le capitalisme n’a jamais été celui de l’argent, mais bel et bien celui de l’information. Pourquoi Vauban a-t-il été mis à l’index par le Roi si ce n’est parce que justement, il proposait de rendre les impôts compréhensibles par le peuple ? L’argent arrive à quiconque sait non seulement se tenir au courant, mais se révèle en outre capable d’analyser correctement les informations reçues et de prendre les décisions qui s’imposent alors. Si quelqu’un le fait avant toi, mieux que toi, voire muselle tes propos parce qu’il t’a donné une pièce, ce n’est pas de la faute à autrui ; c’est de ta seule faute et c’est bien fait pour ta gueule. Et c’est bien pour cela que l’argent n’est pas une atteinte à la liberté, mais au contraire un moyen de l’assurer, à condition d’être plus malin qu’autrui.

Ce qui implique, effectivement, de recourir au bénévolat sans jamais le pratiquer soi-même.

JERÔME :

Je citerai Yves Adrien : « Les races laborieuses anéantissent les races nobles, chéri, it’s a suburban tragedy… » (interview avec Alain Pacadis, Libération, 16 janvier 1980). Je n’adhère pas pleinement à ta vision ultra-libérale du monde, je pense qu’il faut un minimum de solidarité pour qu’une société pseudo-démocratique comme la nôtre demeure paisible. On voit bien aux Etats-Unis ou, par exemple, en Afrique du Sud ce que donne ce modèle basé sur l’égoïsme : ces sociétés sont les plus violentes du monde, la violence physique y répondant à la violence économique. En bref, je suis libéral, et favorable à la compétitivité, mais je crois qu’il faut tendre des filets pour amortir la chute de ceux qui tombent ; je parle de ces gens qui font leur possible mais qui sont inexorablement frappés par les accidents de la vie. Et puis, tout le monde a droit à une seconde chance, non ? Evidemment, cette solidarité devrait être limitée dans le temps et liée à un effort réel de réinsertion ou, à tout le moins, de participation à l’effort collectif. Qu’en penses-tu ?

(En dialoguant avec un radical comme toi, je passerais facilement pour un homme de gauche.)

Mon départ de Rectangle 

Puisque tu as déjà annoncé dans ta dernière lettre que je vais quitter la web-radio en fin de saison – ce que je suis maintenant obligé de confirmer, même si j’aurais préféré pouvoir l’annoncer moi-même au moment opportun ; je ne te félicite pas ! –, j’insiste sur le fait qu’il ne te reste plus que quelques mois pour réaliser ton fantasme d’être l’invité d’une Sublimation. Mon podcast de février sera consacré à quatre âmes damnées du rock choisies tout à fait arbitrairement (sauf changement de dernière minute, j’aborderai les cas Gene Vincent, Brian Jones, Syd Barrett et Pete Doherty) ; en mars, je réaliserai une émission en duo avec Frédéric Cotton sur le thème de la scène rock belge actuelle (ça va tailler ferme !) ; ne resteront ensuite plus que les shows d’avril, mai et juin, sachant que je compte encore inviter Dop Saucisse (probablement en juin, pour la dernière de la saison). Allez, je ferai sans doute aussi une spéciale Beach Boys en duo avec Simon Rigot (un très grand spécialiste du sujet), en juillet, pour mes adieux… Tu notes ? Avril ou mai : it’s up to you !

Même si ma décision d’arrêter les podcasts est irrévocable, elle n’est due cette fois à aucun « conflit de personnes » comme nous en avons connu chez Pop-Rock, j’insiste vraiment là-dessus. Chez Rectangle, tout s’est toujours passé dans un climat très serein, constructif, amical même. Il règne une bonne atmosphère dans l’équipe et la plupart des animateurs de la station resteront des potes après le mois de juillet. Nous étions encore réunis quasi au complet mercredi dernier, à l’Archiduc, à l’occasion du concert privé (sur invitations) de ton élégant compatriote Bertrand Burgalat. Il jouait avec The Loved Drones, le backing-band de Benjamin Schoos, dont plusieurs membres sont également actifs sur Rectangle. A mon arrivée, Axel du Bus, l’invité de Sublimation S02 E04, m’a lancé l’air sûr de lui : « Toi, tu es obligé de venir, comme chaque fois que ton boss de radio joue à Bruxelles ». Il ne disait qu’à moitié vrai : j’ai dû me motiver pour sortir de chez moi, je l’avoue, mais une fois sur place, j’ai passé une excellente soirée ! Festoyer avec cette joyeuse bande de timbrés est toujours un vrai plaisir… Et pour ne rien gâcher, Burgalat est parfaitement charmant.

YÛ :

Ne confondons pas le radicalisme, l’attitude intellectuelle d’une intransigeance absolue, et l’extrémisme, le recours à des moyens extrêmes, voire violents, dans la lutte politique.

De fait, je ne suis pas ultralibéral et certainement moins libéral que toi, car je prône une équité plus qu’une égalité. Sommes-nous tous égaux ? Non, que ce soit aux yeux de la loi en particulier et de la vie en général. Et plutôt que de tenter une vaine méthode Coué qui ne convainc que les putes à Flamby — Ségolène R., Valérie T. et Julie G., en attendant la suivante —, je préfère regarder les faits et en tirer les conclusions qui s’imposent d’elles-mêmes : nous n’avons pas du tout les mêmes chances dans la vie et à mon sens, le rôle d’un gouvernement est justement d’arbitrer de telle sorte que ces différences soient atténuées au maximum, sachant qu’on ne peut jamais les atténuer totalement.

Naturellement — et j’ai entendu cette rengaine commerciale un bon nombre de fois —, je ne suis pas socialiste. Le socialisme est le parti des parasites qui veulent vivre aux dépens d’un symbiote et je ne peux pas tolérer cela. Ptôse le chantait bien : « Ecrasons la vermine ! » ; sachant que le nom vient du Grec ptôsis, qui signifie « chute ». Le socialiste, c’est la chute de la polis, de la cité qui donne son nom à la politique : l’art de gérer la cité, c’est-à-dire le pays, en attendant que cela devienne le monde.

Ma nuance est simple : il y a une part que nous devons corriger artificiellement — c’est en partie ce à quoi les impôts doivent servir —, mais il y a aussi une part que chacun peut corriger voire sublimer de lui-même, et qui repose sur un concept à la fois simple et en même temps encore plus effrayant que le SIDA : la volonté.

Une fois encore, un imbécile dans la salle dénoncera mes propos comme sans objet par rapport à ce qui nous intéresse.

(Pauvre con.)

J’ai le choix entre écrire chiant (ce que Jérôme P. réclamait, un truc piste par piste, dont tout le monde se fout vu que personne ne lit jamais les modes d’emploi), écrire con (comme Philippe M. qui prend des poses, mais n’a au final rien dans le slip ; même son blouson est en toc) ou écrire. Je l’ai déjà signalé plus d’une fois, mais écrire ne revient pas à installer Word ou tout autre traitement de texte merdique sur un ordinateur (pour les curieux : j’utilise Adobe InCopy). Ecrire revient dans un premier temps éternel, à se cultiver, à lire convenablement au moins une heure par jour puis, dans un second temps tout aussi éternel, à travailler quotidiennement son propre style, là aussi, au moins une heure par jour si c’est un loisir, beaucoup plus si c’est un métier. C’est un artisanat.

Et l’obligation de cet artisanat, c’est de toujours s’améliorer, d’explorer, expérimenter, réviser et ne pas lâcher le texte tant qu’il n’est pas prêt. Il n’y a pas de muses ou de Saint-Esprit ou autres billevesées. Juste la volonté. N’importe qui peut produire un chef-d’œuvre. Même le dernier des cons peut le faire. La science l’a prouvé à maintes reprises : un cerveau qui s’exerce est un cerveau qui s’améliore.

J’ai chroniqué un disque en racontant l’histoire d’un type attrapant le SIDA, partiellement pour t’agacer, mais surtout parce que l’album me laissait à penser qu’après un début retentissant, ses auteurs n’avaient pas eu le courage d’oser concrétiser, pondant un disque fade, sans recherche, sans énergie, sans volonté. C’est ce même manque de volonté qui explique la recrudescence du SIDA dans le monde : les gens abandonnent tellement vite qu’ils en viennent à attraper la maladie volontairement afin de ne plus avoir à se poser la question. Le risque fait peur, l’incertitude et l’ignorance encore plus. La latence, la neurasthénie, tout le monde connaît ; mais l’idée de devoir se lever chaque matin sans savoir de quoi la journée sera faite, cela fait tellement peur que les gens préfèrent se tirer des balles dans le pied :

– Oh bah, j’ai le choix entre un con que je connais et un con que je ne connais pas, alors je vais voter pour le con que je connais.

Voilà pourquoi la démocratie ne fonctionne pas, parce qu’on laisse le droit de vote à des cons alors qu’il aurait dû rester le privilège d’une élite au ticket d’entrée cher payé, mais néanmoins pertinent : peut faire partie de l’élite quiconque s’élève au-dessus de la moyenne, c’est-à-dire quiconque fait l’effort de quotidiennement s’améliorer. C’est pour ainsi dire à la portée de n’importe qui : je connais un cul-de-jatte qui se bat mieux que la majorité des bien-portants, au point d’être en prison pour avoir cassé la gueule d’un type qui l’avait agressé (coucou Teddy !).

Alors, oui, j’ai plus de respect pour un cul-de-jatte qui se démerde tout seul et ne se laisse pas faire, quitte à ce que l’handicapé en question aille en prison pour avoir commis le crime de la légitime-défense, que pour des illettrés qui se plaignent que mes chroniques ne veulent rien leur dire. Eh oui ! La plèbe ne fait toujours pas la différence entre l’analphabétisme — ne pas savoir lire et écrire — et illettrisme — n’avoir aucune culture — ; s’il y a sape à la base, tout le reste de l’édifice tend à dépasser la tour de Pise, pour ne pas dire qu’il se casse la gueule.

Niveler par le bas revient à se suicider en emportant autrui avec soi, d’où le fait que non, un citoyen n’a pas le droit d’être bête.

Auparavant, le taux de réussite au Bac oscillait entre 20 et 30%, avec quasiment aucun échec en université. Actuellement, il tourne autour de 80%, avec un taux d’échec post-Bac qui oscille entre 50 et 60% pour la seule première année ; sachant que la difficulté actuelle du Bac est telle que 80% est un chiffre pitoyable, tant tout est fait pour que tout le monde l’obtienne ! C’est cela, le nivellement par le bas : permettre à la médiocrité de prospérer au lieu de l’éradiquer.

Ce pourquoi je ne m’occupe jamais de savoir si mes articles sont compréhensibles ou pas. Tony Wilson, que je considère comme bien plus intelligent qu’Adrien : « Si vous ne comprenez pas, c’est que vous ne lisez pas assez. » Sous-entendu : que vous ne vous éduquez pas assez !

Et au risque, encore une fois, de passer pour un gaucho, je continue de recommander la lecture de Spaceship Earth de Barbara Ward, qui remet bien les choses en perspective : nous vivons tous sur la même planète, avec des ressources limitées, et nous devons décider de comment les partager. La réponse est simple et je la cherche plutôt du côté de Hardin pour son radicalisme et de tous les bons philosophes qui ont marqué la pensée au fil du temps, en rappelant qu’au final, doivent recevoir ceux qui font preuve de bonne volonté et doivent être exclus tous ceux qui n’en font pas preuve.

La volonté étant accessible à tous, cela reste encore le meilleur critère pour séparer le grain de l’ivraie, la différence entre un imbécile qui va se pâmer devant des disques insipides le temps que les médias lui donnent le titre du prochain, avec toujours les mêmes rengaines, et un esprit autonome, qui ne sera pas forcément d’accord avec mes chroniques, mais comprendra au moins la raison de mes propos et ne sera dès lors pas étonné lorsqu’il écoutera le disque. C’est à cette bourgeoisie que je m’adresse, même si je vais effectivement descendre de ma branche monarcho-cléricale (celle-là, je te l’offre) pour participer à l’une de tes émissions, sachant qu’exceptionnellement, les auditeurs pourront enregistrer des questions qui seront diffusées durant l’émission et auxquelles je répondrai (envoyez ça à Delvaux, qui transmettra).

Beau joueur, je peux même te faire cette promesse : cette émission-là non plus, je ne l’écouterai pas.

De l’illettrisme des masses à la question du racisme

JERÔME :

C’était une bonne idée de définir l’extrémisme et le radicalisme. Ces deux concepts sont trop souvent galvaudés, tout comme le racisme d’ailleurs. Racisme est aujourd’hui l’un des mots les plus souvent cités dans l’espace public, et ce même si peu de gens semblent en connaître la définition exacte. Le racisme est une idéologie selon laquelle des races existent au sein de l’espèce humaine et que certaines sont intrinsèquement supérieures à d’autres. Trop souvent confondu avec la xénophobie, le nationalisme ou encore l’ethno-différencialisme, le racisme est surtout utilisé comme épouvantail dans les débats contradictoires : l’accusation de racisme est devenue le dernier recours simpliste des belles âmes face à des interlocuteurs qui s’écartent de la pensée unique sur des thèmes sensibles comme l’immigration, le communautarisme, l’Islam, etc. C’est un réflexe pavlovien chez les bien-pensants et c’est encore pire lorsqu’il s’agit de propos concernant la communauté que l’on n’a pas le droit de critiquer (ni même de mentionner). C’est précisément la marque des totalitaristes : quand ils ne peuvent pas faire triompher leurs idéaux par la seule force de la rhétorique, ils ont recours à l’anathème ! On se contenterait de hausser les épaules face à une telle malhonnêteté intellectuelle si elle ne causait pas systématiquement la mise à l’index de quiconque se voit assimilé au racisme ; et bien souvent à tort, si l’on s’en tient à la définition stricto sensu du concept.

Pour le reste, nous sommes d’accord en ce qui concerne l’illettrisme des masses. Cette ignorance n’est pas tant due, selon moi, à une baisse (indiscutable) du niveau de l’enseignement qu’au manque de curiosité qui caractérise ce que l’on appelle communément les cons. Une connaissance m’a demandé récemment de lui expliquer ce qu’était la franc-maçonnerie, et ce après m’avoir entendu y faire référence dans une conversation à propos des oligarchies (un terme qu’il ne connait sans doute pas non plus mais qu’il n’a pas osé me demander de définir…). A son âge, je ne peux pas croire qu’il n’en avait jamais entendu parler mais il n’a simplement pas considéré qu’en savoir plus sur le sujet lui serait utile… Pour être poli, on va dire que c’est un garçon qui s’intéresse davantage au sport qu’à la lecture, mais il a le droit de vote comme toi et moi et c’est effectivement bien là que réside le problème. Il est toutefois évident qu’il est trop tard pour revenir au vote censitaire, les cons ne le permettront jamais, ni bien sûr le Parti Socialiste, dont les cons constituent l’immuable fonds de commerce, on devra donc se contenter de faire avec, comme on dit à Bruxelles.

Enfin, je prends bonne note du fait que tu acceptes mon invitation à participer à une prochaine Sublimation. Je te demanderai de bien vouloir amener ta bonne humeur, ton humour cynique habituel et une play-list d’une petite dizaine de chansons que tu présenteras à mon fidèle public de mélomanes passionnés. Nous enregistrerons les voix soit à la Bécasse, soit au Soleil, soit à l’Archiduc, soit sur le banc public au croisement de la rue du Brabant et de la rue d’Aerschot (tu t’en souviens peut-être, c’est là que nous avions tourné l’une de nos vidéos pour la F.A.Q. de Pop-Rock). La seule consigne sera d’éviter les propos tombant sous le coup de la loi, même pour déconner, car je suis actuellement dans le collimateur d’un blogueur antifa subventionné qui m’accuse de « multiples dérapages » (ce qui est faux, sinon j’aurais été poursuivi). Il n’attend qu’un vrai dérapage pour pouvoir mener une croisade médiatico-juridique contre moi et je n’ai pas envie de lui faire ce plaisir.

Cette émission en duo permettra aussi de calmer les couillons qui pensent que tu n’existes pas et que tu n’es qu’une invention de mon cerveau malade (quoique ceux-là insinueront probablement que j’ai engagé un figurant à l’accent parigot pour jouer ton rôle).

Allez, là-dessus, je vais écouter un 45 tours des Specials.

YÛ :

Tu n’as pas tort de parler de manque de curiosité, même si, en majeure partie, cette dernière s’acquiert justement par le biais de l’éducation. Certes, l’être humain est au départ curieux, car son cerveau met sept ans à partir de la naissance pour se former pleinement ; ou tout du moins, devrions-nous parler d’éveil. L’enfant est attentif à son entourage et tout repose sur ce dernier ; plus il est passif, moins l’enfant sera intelligent et curieux, et réciproquement. D’où la part cruciale de l’éducation dans le développement de l’individu, puisque conditionnant pour ainsi dire tout son avenir.

Ce qui pose le second problème majeur de notre époque, après la volonté : la responsabilité. C’est-à-dire que si un individu est con — sachant que par con, je mêle l’ignorance et l’agressivité qui lui est intrinsèquement liée —, on peut en grande partie en rejeter la faute sur ses parents. Ils peuvent eux-mêmes être cons, mais ce n’est pas une excuse : comprendre que travailler permet de ne pas être con comme ses parents est à la portée de n’importe qui. D’où le fait qu’ils n’ont aucune excuse. Pis, je vais même jusqu’à dire que s’il existe des écoles sinistrées, c’est justement parce que la majorité des parents ne font pas leur travail.

Je laisse à d’autres le soin de faire un parallèle entre l’islam, la place de la femme et l’autorité de cette dernière sur ses garçons, pour expliquer comment on peut en arriver là, préférant pour ma part dénoncer le communautarisme, une autre valeur de la gauche, qui finit de tout mettre en l’air.

Mais avant cela, je vais fermement clarifier ma position vis-à-vis du racisme : il ne me pose aucun problème et je le trouve même utile. Quand j’entends par exemple quelqu’un me dire que je ne suis pas issu de la bonne immigration, car je ne suis pas Arabe, je sais que j’ai affaire à un con et que je peux donc le rayer de mon répertoire sans perte. De même, quand je vois quelqu’un qui juge sur les actes et non sur le nom ou la couleur de peau, je me dis que je suis face à un individu compétent. Mais je ne me définis pas comme raciste ; non sans humour, mais surtout cynisme vis-à-vis des générations actuelles qui, par leur illettrisme, donnent aux mots un sens qui n’est pas le leur, je me considère comme un culturiste, c’est-à-dire un individu considérant que toutes les cultures ne se valent pas et que si certaines ont de tout temps été soumises à l’esclavage, en plus par leurs pairs, c’est bien parce qu’elles sont trop connes pour qu’il en soit autrement.

Autant dire que je considère que la culture européenne se meurt, car c’est dans cette voie-là qu’elle semble engagée : une culture de l’illettrisme et de l’autoflagellation qui conduit à l’asservissement volontaire. La Russie est peut-être une dictature moins hypocrite, pardon, je voulais écrire pudique, que l’Europe, mais au moins le pays est bien tenu et les coupables ne sont pas libérés, mais bel et bien condamnés. Et le peuple a beau jeu — c’est de saison — de dire qu’il est censuré ; vu ce qu’il a de toute façon à dire, autant qu’il se taise, cf. les Pussy Riot et autres Femen.

Et donc, dans tout cela, on laisse en France des communautés s’installer au sein de la nation et s’organiser en zones de non-droit. En médecine, on appellerait cela des poches cancérigènes. C’est cela le communautarisme : un cancer qui ronge la nation, cet agrégat de cultures différentes se reconnaissant néanmoins comme tenants d’un seul étendard, de l’intérieur. Et si dénoncer cet état de fait, cette division de la nation pour mieux régner, c’est-à-dire le sacrifice d’un peuple entier pour assouvir l’arrivisme d’un seul, fait de moi un nazi aux yeux de la gauche, alors je suis fier d’être un nazi aux yeux de la gauche, car ce que des pourris pareils conspuent ne peut qu’être bon.

Les gens critiquent Poutine, Sarkozy ou de Gaulle, faute de savoir qu’ils avaient au moins le souci de préserver la nation, ce qui est plus que n’importe quel élu de gauche. Ce qui implique un souci d’intégration, ce que nous ne trouvons pas chez la gauche et qui est justement source de racisme : car en maintenant les divisions, on engendre la haine interraciale.

C’est finalement toujours la même chose, cet héritage de la sain(t)e théodicée détourné par des connards : parce que le bien ne peut exister sans le mal, on entretient le racisme pour entretenir l’antiracisme qui entretient une poignée d’escrocs qui en vivent au sein d’associations se portant partie civile dès que l’adversaire est convenablement solvable. Les mêmes escrocs qui s’offusquent de ce que quelqu’un se plaigne de devoir économiser toute sa vie pour se payer l’appartement de ses rêves alors qu’une famille obtient mieux sans rien faire. La plainte semble pourtant légitime, puisqu’aujourd’hui, les chauffeurs de taxi parisiens ont manifesté en récupérant l’argument — pourquoi doivent-ils payer une licence à plus de 200.000 euros tandis que d’autres payent quelques centaines d’euros pour pratiquer un métier équivalent à ceci près qu’ils sont mieux payés avec de meilleurs horaires et une meilleure clientèle ? — et ont obtenu gain de cause auprès du président volage. Comme quoi, la gauche sait très bien ce qu’elle fait en alimentant le racisme.

Cette lapalissade étant évacuée, je fais confiance à tes auditeurs pour dire que je suis un acteur payé par tes soins, le mythe complexe étant toujours plus intéressant que la simple réalité. J’en profite d’ailleurs pour annoncer que Jérôme en profitera pour m’offrir l’album d’Inara George qu’il ne déballera et n’écoutera jamais. Comme cela, nous serons quitte : moi ses émissions, lui la bonne musique.

JERÔME :

Puisque tu sembles y tenir, je vais écouter ce fameux disque d’Inara George que tu as remarqué non encore déballé sur l’une de mes étagères. Si je ne l’ai jamais ôté de son cellophane, c’est pour une bonne et simple raison : je l’ai reçu sans avoir rien demandé par un attaché de presse fainéant qui n’a fait aucun effort pour me donner envie de le découvrir… Et au risque de te faire bondir, je n’ai capté que tout récemment qu’il s’agissait de la chanteuse de The Bird And The Bee ! J’y jetterai une oreille au plus tard ce weekend et, qui sait, je lui consacrerai peut-être une chronique.

Entretemps, j’en reviens au sujet principal de ta lettre : le racisme, ou plus exactement ce que les cons croient de bonne foi être le racisme. Toute personne dotée d’un minimum de bon sens doit forcément être interpellée par la manière dont la gauche caviar entretient le communautarisme pour mieux prospérer par le biais de l’antiracisme institutionnalisé ; cet antiracisme qu’elle a quasi élevé au rang de religion d’Etat. Le bénéfice pour elle est double et Mitterrand, ce fin stratège doublé d’un authentique salaud, l’avait parfaitement compris. Nous savons que les associations antiracistes, aussi sympathiques soient leurs slogans, ont été créées avant tout pour amener les allochtones à voter pour le PS (mais sans jamais rien leur donner en échange : il est pour le moins révélateur qu’il ait fallu attendre Sarkozy pour voir des personnes issues de l’immigration entrer au gouvernement). L’autre bénéfice qu’en tire la mafia socialiste est évidemment financier, et tu y as fait allusion : qui dit associations dit subventions, des millions d’euros gaspillés et une multitude de postes bien rémunérés où nommer des « camarades ». D’où, inévitablement, une prolifération de ligues bien-pensantes, des organismes tous plus coûteux et foncièrement inutiles les uns que les autres. Inutiles car, pour autant que l’on s’en tienne à la définition première que j’ai rappelée dans une lettre précédente, le racisme que ces institutions prétendent combattre est en grande partie imaginaire. Il est temps d’ouvrir les yeux et d’arrêter de raconter des sornettes : en 2014, la France et la Belgique comptent parmi les nations les moins racistes du monde.

(C’est le moment où Manuel Valls s’écrierait « QUAND MÊME !!! »).

Dans ta lettre, tu parles aussi de l’éducation, ou plus précisément du déficit d’éducation, que je vois, moi aussi, comme la principale cause du déclin actuel de la société. Lorsque l’on regarde autour de soi, que l’on entend les conversations dans le métro ou que l’on lit les forums sur internet, les statuts Facebook, etc., l’on peut légitimement penser que les 15-20 ans n’ont jamais été aussi stupides et incultes qu’actuellement. Ils ne savent plus écrire, ne lisent pas (ou seulement sous la contrainte de l’enseignant), il n’ont pas de culture générale, très peu de curiosité et ils tombent dans tous les pièges de la société de consommation. Ce matin, pourtant, en conduisant ma fille à l’école, j’ai repris espoir en croisant une gamine d’une quinzaine d’années, jolie de surcroît, qui portait fièrement un t-shirt de Joy Division. Tout n’est peut-être pas encore perdu…

Je terminerai par une note plus légère en joignant cette vidéo tirée du concert de Bertrand Burgalat featuring Benjamin Schoos & The Loved Drones à l’Archiduc, je t’en ai parlé dans une précédente lettre. Non seulement, le morceau Charleroi 2035 est chouette, son interprétation virevoltante mais en plus j’y suis nommément cité (à 3:25). Rigolo, non ?

YÛ :

Sauf que porter un t-shirt Joy Division, c’est être dans le piège de la consommation : si tu ne veux pas porter du Muse comme tes camarades, différencie-toi en achetant au rayon Joy Division ! Au final, l’anticonformisme se résume au t-shirt que tu portes.

Cela me rappelle le Japon, où tu repères les musiciens de rock visuel à leur coupe de cheveux. Là-bas, tout le monde est nécessairement très conformiste dans la tenue et le seul moyen de se différencier est la coupe de cheveux. Sauf qu’ils ont tous les mêmes coupes et qu’au final, ils jouent tous la même bouillabaisse insipide qui ne leur permettra jamais de payer leur factures. C’est éloquent, car tu vois là le sens de l’expression « trouver midi à sa porte » : des gens médiocres adulés par des gens encore plus médiocres, les premiers proposant du contenu que les seconds se contentent d’acheter sous le joug de l’idolâtrie.

Et c’est pareil en France : je me souviens d’une blogueuse se prenant pour une journaliste et désireuse de devenir une it-girl (toute ressemblance avec des handicapés de la vie existant ou ayant existé, etc.) qui était jalouse de l’élégance d’une Japonaise croisée rue de la Roquette. Sauf que les Japonaises s’habillent comme des sacs. Elles n’ont aucun sens de l’élégance faute d’avoir une culture. Littéralement, elles singent l’élégance française. Mais lorsque le singe imite, il se contente de reproduire ce qu’il voit. Il ne conceptualise pas, il ne remet pas en cause, rien ; il s’agit d’un mimétisme superficiel. Or l’élégance française est le fruit d’une culture exigeante qui a produit des gens suffisamment délabrés intellectuellement pour mettre à profit une éducation riche et produire du génie (Yves Saint Laurent, pour prendre le dernier exemple encore frais dans l’inconscient collectif).

Même en prenant des gens issus de la scène musicale la plus médiocre avec le R’n’B, le rap, tu te rends compte que les rares bons ont très rapidement tourné le dos à leurs camarades pour se cultiver réellement, MC Solaar étant l’exemple le plus frappant. Non sans ironie, je me permets d’ailleurs de te citer un extrait de la page Wikipedia qui lui est consacrée :

Nous sommes à la fin des années 90, et MC Solaar a une discussion avec son patron, Pascal Nègre, PDG d’Universal Music France. L’auteur est en pleine panne d’inspiration. Pascal Nègre lui fait deux propositions : une avance sur royalties et une renégociation à la hausse de son contrat. Rien n’y fait, les deux hommes s’embrouillent et MC Solaar impose la sortie consécutive de deux disques, pour casser son contrat. Sortiront dans la foulée Paradisiaque (1997), MC Solaar (1998), le live Le Tour de la question (1998) étant, lui, sorti chez Warner. Peu après, un procès est lancé par l’artiste envers son ancien label, l’accusant d’avoir violé sa signature en ne publiant pas le second disque dans les trois mois suivants la remise des bandes. En 2004, le verdict tombe, la Cour de cassation donne raison au rappeur, mais l’interdit d’exploiter les masters de ses quatre premiers albums, privilège accordé à… Universal. Depuis, les radios et les télévisions ne peuvent donc diffuser Caroline ou Les temps changent sans en demander l’autorisation à Pascal Nègre, qui évidemment s’y oppose, privant ainsi toute une génération des textes de Claude M’Barali.

Une fois de plus, Pascal Nègre s’illustre de la plus lamentable des façons et une seule réponse est envisageable : faites circuler les pirates !

Ce qui m’amène à un autre point problématique de la culture actuelle : en Amérique du Nord, les gens admirent ta belle voiture et te félicitent de ton succès alors qu’en France, on va te la rayer. Education, encore, mais aussi culture foncièrement populaire, du peuple, donc, qui correspondait dans la Grèce antique aux esclaves, les gens trop cons pour être citoyens. Ceux-là même qui sont la cible du Front National, qui reste un parti socialiste avec option nationaliste (là aussi, toute ressemblance…), le Parti Socialiste français misant quant à lui sur le communautarisme et l’anti-nationalisme. Ces mêmes gens qui, dans les années 70, disaient aux femmes de se laisser violer par les Maghrébins pour permettre à ces derniers de combler leur misère sexuelle ; entendu en ces termes de la bouche d’une féministe de l’époque qui témoignait au micro de France Culture, sans doute le dernier média en France à dire les choses comme elles sont, sans avoir une quelconque idéologie à vendre. Et qui m’ont dit à plusieurs reprises que je n’étais pas issu de la bonne immigration car je n’étais pas Arabe, mais qui n’ont aucun complexe à fricoter avec les communistes pour gagner des élections.

Pour mémoire : le nazisme a fait six (6) millions de morts tandis que le communisme en a fait soixante (60), et l’on veut interdire le Front National alors que personne ne prend le Parti Communiste au sérieux. Mais à part ça, c’est moi qui déconne.

Ce qui me fait dire que finalement, être conservateur, ce n’est pas être un réactionnaire bête mais au contraire être le défenseur d’une culture de l’excellence et de l’innovation qui a fait ses preuves et qui ne demande qu’à continuer de prospérer et d’évoluer dans de bonnes conditions ; Alexandre Dumas est la preuve éternelle que la France n’a pas attendu la destruction culturelle de SOS Racisme pour s’ouvrir et faire preuve de tolérance.

De même : certains aiment à rappeler que de tout temps les nouvelles générations étaient décriées comme stupides, mais n’oublions pas une différence fondamentale : avant, les basses couches sociales allaient directement à l’usine après avoir eu le minimum d’instruction nécessaire pour vivre en société, alors que maintenant on produit des bacheliers sachant à peine lire et écrire, sont sans culture et profondément égocentriques. Non seulement nous ne produisons plus d’élites, mais en plus nous laissons libre court à la massification de la bêtise. Or, une fois encore, nous n’avons pas le droit d’être con en société, ce qui implique d’arrêter de niveler la culture par le bas et également d’arrêter d’être de gauche parce que l’on est artiste. Le mécénat n’a pas vocation a donner des miettes à la masse, mais bel et bien à soutenir fermement des artistes prometteurs qui travaillent réellement, et cela, je ne l’ai jamais vu chez les socialistes, qui ont d’ailleurs censuré un tag anti-HADOPI dans Paris, alors même qu’ils se sont entre autre chose fait élire justement sur la promesse de l’abrogation de cette loi financée par certains lobbies non catholiques. Comme quoi, s’il « n’est pas élégant d’être de gauche et antisémite » (entendu sur France Culture, encore), c’est bien parce que l’argent n’est jamais nauséabond pour ces derniers.

Symboliquement, Pulp a pondu son meilleur album après s’être rendu compte que quelque chose clochait avec le socialisme et c’était sans doute le dernier acte subversif en date de la scène musicale mondiale.

P.S.: Vu que je ne suis pas un pigiste médiocre condamné à ne vivre que des restes d’autrui tout en méprisant ledit autrui qui se lève chaque matin pour travailler et consommer ce qui deviendra les restes permettant au dit pigiste médiocre de survivre, je ne veux pas d’un disque que tu auras préalablement déballé et qui plus est écouté de manière incompétente.

Le lourd bilan de la gauche

JERÔME :

Réfère-toi au Livre noir du communisme, l’ouvrage de référence sur le sujet : cette idéologie a fait au moins cent (100) millions de victimes et pas soixante (60) comme tu l’écris. C’est seize fois plus que le nazisme mais il est encore autorisé, en 2014, de se présenter aux électeurs sur une liste intitulée Parti Communiste ou, pire, Ligue Communiste Révolutionnaire ; comprenne qui pourra. C’est du moins ce qu’il se passe en France… En Belgique, l’extrême-gauche est plus finaude : sans renoncer le moins du monde à ses idéaux, elle a remplacé dans son sigle le C de communisme par le T de travail. Le PTB, Parti du Travail de Belgique, reprend à son compte les thèmes de la lutte des classes et des droits des travailleurs délaissés depuis bien longtemps par le PS, lequel a vendu son âme (et même son cul) à l’économie de marchés, au mondialisme et à la finance. Le tout, naturellement, en se soumettant le doigt sur la couture du pantalon au diktat des technocrates de l’Union Européenne.

Aujourd’hui, outre le multiculturalisme forcené et l’antiracisme dogmatique, cette gauche-là n’existe plus que par sa dimension sociétale : mariage gay, adoption par des couples de même sexe, procréation médicalement assistée, promotion de l’avortement de confort, euthanasie des mineurs, théorie du genre inculquée dès la maternelle, j’en passe et des pires ! Quand on voit qu’une des toutes premières décisions de Taubira en prenant ses fonctions fut d’annuler l’incompressibilité des peines pour les multirécidivistes et les auteurs de violences graves contre les personnes (et notamment les viols d’enfants), on comprend de quel côté sont ces gens-là… Leur prochain grand chantier sera probablement la dépénalisation de la pédophilie (d’abord via un abaissement de l’âge de la majorité sexuelle, ensuite par une redéfinition de la notion de consentement du mineur). Pierre Bergé, Jack Lang et Frédéric Mitterrand attendent en embuscade.

Par contre, tu as parfaitement raison sur le fait que l’on n’est pas obligé d’être de gauche parce que l’on est artiste. Heureusement, il y a encore des artistes qui sont ouvertement de droite. Et je ne parle pas ici d’Alain Delon, Michel Sardou, Christian Clavier, Didier Barbelivien, Mireille Mathieu ou Doc Gynéco (pas sûr d’ailleurs que ce dernier, dans ses délires enfumés, ait bien perçu la différence entre droite et gauche…). Non, je pense à Electre, l’une de vos plus remarquables jeunes actrices X actuelles, qui est ouvertement nationaliste et qu’une certaine presse collabobo qualifie de « catholique homophobe militante », rien que ça ! En témoigne d’ailleurs son soutien affiché sur Twitter (et sans soutien pour l’occasion) à la page L’humour de gauche. Et puis, mieux encore, pour nous : je te joins la photo.

Electre sublimée

Sympathique, ce petit piercing ornant son 85 D naturel, non ?

En Belgique, les artistes de droite sont à peu près aussi rares que les socialistes honnêtes. Il en existe pourtant. Geoffrey Dallas, guitariste des Vismets et chanteur d’Electric Château (et jadis de The Dallas Explosion), m’a confié dans une interview pour Sublimation #24 qu’il était ouvertement de droite, à l’instar semble-t-il d’autres membres des Vismets. En tant que libéral, il se disait même opposé au fameux statut d’artiste (dont il profite pourtant) qui permet aux intermittents du spectacle de percevoir le chômage pendant leurs périodes de glande. Pour le reste, j’ai beau chercher, je n’en vois pas beaucoup d’autres qui ont osé faire leur coming-out droitier… Même un groupe à l’esthétique radicale et farouchement européenne comme Front 242 se positionne clairement du côté de la pensée dominante post-baba (l’écologie, tout ça). Quant à Stromae, s’il est à ce point porté aux nues par les médias du système, c’est parce qu’il personnifie les desseins de la gauche sociétale. C’est le prototype de l’humain du futur tel que les pseudo-progressistes le rêvent : ni blanc ni noir, ni homme ni femme. Métis, transgenre et politiquement correct. On nous apprendrait qu’il a été créé en laboratoire par une loge maçonnique, personne ne serait étonné !

Electre s’oppose aussi farouchement aux intégristes de la cause féministe, notamment les Femen (qu’elle pastiche ici gentiment) : des activistes hystériques, haineuses, qui ont probablement été victimes de viols incestueux dans leur petite-enfance et qui ne s’en sont jamais remises. La presse inféodée au pouvoir s’efforce pourtant toujours de présenter ces dégénérées sous un jour sympathique… Du moins tant qu’elles se contentent d’agresser des familles de chrétiens, blancs, Français de souche (donc forcément fachos et homophobes) dans le cortège de la Manif Pour Tous, et tant pis si elles blessent et traumatisent des enfants dans la bagarre ! Lorsqu’elles se donnent en spectacle devant une mosquée, comme c’est arrivé à Bruxelles, les médias s’en désolidarisent instantanément : on peut offenser des croyants mais seulement s’il s’agit de catholiques. Toujours cet anticléricalisme à deux vitesses !

Pour le reste, nous sommes évidemment d’accord sur le fait qu’acheter un t-shirt de Muse ou de Joy Division, c’est pareil : dans un cas comme dans l’autre, c’est se comporter en consommateur et ce n’est donc pas un acte rebelle (ce que devraient également comprendre les jeunes révolutionnaires en première année de philo qui expriment leur altermondialisme en portant un t-shirt Che Guevara fabriqué par des enfants en Chine  – rien ne me fera jamais autant rire). Force est toutefois de reconnaître qu’écouter Joy Division et porter un vêtement à leur effigie, à défaut de relever de l’anticonformisme, dénote au moins d’un réel bon goût.

P.S.: Je te rassure, je n’ai pas déballé ton album d’Inara George, j’ai passé le weekend à écouter Obscure alternatives, que je tiens pour le meilleur album de Japan.

YÛ :

Je me demandais si tu allais citer Le livre noir du communisme ou bien L’Holocauste au scanner — je t’avais volontairement laissé le choix — et je vois que tu as envie de sortir des sentiers battus. Tu me diras, c’est de saison, et je te répondrai qu’en plus, si je dois comparer la Russie de Poutine et la France de Hollande, je trouve que Poutine est bien plus compétent. Il suffit de regarder comment il a remis les Pussy Riot à leur place récemment, avec une fermeté mesurée. D’ailleurs, tous les Russes que je croise en France détestent Poutine et sont tous de gauche ; je crois que je suis décidément incapable d’être conformiste. Ils n’aiment pas Poutine parce qu’il prend des décisions certes radicales, mais néanmoins fonctionnelles : la France s’enfonce tandis que la Russie reprend de sa superbe. Et c’est d’autant plus fort que la Russie est un territoire autrement plus compliqué à gérer que la France ! Je ne dis pas que Poutine n’est pas un requin, au contraire : je dis qu’au XXIe siècle, un pays a besoin d’un requin à sa tête s’il ne veut pas se faire piétiner. Je suis plutôt pacifiste, mais pas crétin : face à un soldat, un pacifiste sera toujours perdant et la WWII nous a bien montré que le gagnant par les armes est également le gagnant par la morale. C’est exactement comme en moto : quand une voiture te vole la priorité, elle est moralement en tort, mais physiquement, c’est le motocycliste qui est mort ; étant donné que les absents ont toujours tort, la voiture est donc la grande gagnante. Je suis le premier à dire que c’est dégueulasse, mais la réalité fait foi.

Et, justement, en parlant de foi, je vais rajouter une couche de théodicée au sujet de l’anticléricalisme de gauche, qui reste quand même très sélectif : le catholicisme (c’est-à-dire dans leurs cerveaux illettrés : le christianisme), c’est mal alors que l’islam, c’est bien. Sauf que, puisqu’être islaméfiant (et non pas islamophobe : je n’ai pas peur de l’islam) fait de moi un raciste, alors l’électorat de gauche est raciste puisque le fait de ne pas aimer une religion revient à être raciste. Et d’une.

Sauf que là où tout devient intéressant, c’est que traditionnellement — un comble pour la gauche — à la religion s’oppose la science. Sauf que Jean-Paul II était le premier à rappeler — à raison — que science et religion ne sont pas ennemies ; Aristote lui-même rappelait qu’il fallait bien un coup de pouce pour lancer le mouvement ; or, pour lancer la physique, il fallait une intervention extérieure, donc métaphysique. En outre, la science est en perpétuelle évolution au sens où elle est une représentation que nous nous faisons du monde, c’est-à-dire qu’elle n’est pas une vérité absolue. De fait, elle reste une croyance, et croire aveuglément en la science n’est pas plus intelligent que croire aveuglément en quoi que ce soit d’autre. Et de deux.

Donc, non seulement le socialisme est un dogme du ressentiment, c’est-à-dire une coalition de faibles qui n’étaient pas assez bons pour être à la place de ceux qu’ils dénoncent, mais c’est en plus un dogme fondé sur l’incompétence valorisée — faible et fier de l’être ! —, d’où le fait que le socialisme est dans sa conception même un échec. En outre, je n’aime pas les gens agressifs et bruyants, c’est-à-dire qui se comportent comme des caniches à aboyer sans jamais oser passer à l’acte autrement que par derrière (pour les plus courageux).

Forcément, je fais référence aux Femen, qui n’en peuvent plus d’avoir leurs règles — mais là encore, ce n’est pas la faute d’autrui ; qu’elles se suicident discrètement si la nature ne leur plaît pas —, mais aussi à tous ces… [Quatre lignes de texte censurées par l’éditeur pour éviter d’être en infraction avec le droit belge]. Pour bénéficier de l’immunité allogène et de largesses étatiques qui seront financées par les blancs « fachos » (qui sont quand même de bonnes poires, avec leurs anus aussi ouverts que leurs portefeuilles) ? Quant aux artistes, n’en parlons pas : jette une pierre dans n’importe quel coin « branchouille », elle tombera forcément sur la tête d’un artiste. Mais quand je regarde ce qu’ils « pondent » — pour les plus actifs —, je suis profondément navré.

Il n’y a vraiment qu’un seul cas où le socialisme a produit quelque chose de formidable, c’est dans le porno bas de gamme (autoproclamé « amateur ») avec des gens comme Pierre Moro, Philippe Lhermite, les labels Telsev et Maeva Vidéo. Là, nous touchons au sublime. C’est tellement mauvais que cela en devient bon, comme si Tima et Ingrid Frost s’étaient relayées pour te chier dans la bouche jusqu’à ce que ton organisme ait choisi l’adaptation au détriment du pétage de plomb définitif. C’est littéralement comme cela que je le prends et si je venais à apprendre que toutes les personnes sus-citées étaient en fait de droite, je me dirais qu’en définitive il n’y a toujours pas d’exception confirmant la règle, d’autant plus que Travelos humiliés par des femmes reste un chef-d’œuvre quasiment indépassable (quasiment, car j’espère avoir un jour l’opportunité de relever le défi).

Ceci étant, ne devenons pas comme les gens qui foutent nos pays en l’air et n’oublions pas de nous-mêmes réaliser notre autocritique : en ce moment, je fais le ménage dans mes étagères et j’en arrive à ne plus avoir que trois armoires de disques, ce qui est déjà plus raisonnable même si encore trop ostentatoire. Je relis et réécoute beaucoup de choses — ça fait la programmation de Sublimation au passage — et je mets en vente ce que je décide de ne pas garder. Un livre n’arrivait pas à partir, alors j’ai lancé un ultimatum en disant que si personne ne l’avait acheté d’ici une date donnée, il passait à la cheminée, ce qui a été le cas. Forcément, j’ai été très critiqué pour cela, parce que j’aurais mieux fait de le donner. Mais si je commence comme cela, alors je donne tout et plus rien n’a de valeur. Non pas que toutes les cultures se valent, mais je préfère encore pratiquer un autodafé constructif que d’alimenter le cancer de la nation que je défends et soutiens.

P.S.: Le meilleur Japan est Oil on Canvas.

Japan - Obscure Alternatives

JERÔME :

Pour évacuer directement un sujet délicat, je commencerai par répondre à ton post-scriptum : comparer Oil on canvas à Obscure alternatives n’a guère de sens puisque que l’un résulte d’enregistrements en studio et l’autre de la captation d’un concert. Je suis évidemment d’accord sur le fait que Oil on canvas est une réalisation incontournable, c’est un polaroid de David Sylvian et ses gentlemen au sommet de leur créativité, et cela nous donne d’ailleurs de sérieuses raisons de regretter que le groupe se soit séparé dans la foulée. Je pense néanmoins que ce live doit être considéré comme « hors concours » dans leur discographie (au même titre que Rank dans celle des Smiths, en somme).

(Et pas la peine d’ergoter, je sais parfaitement que Oil on canvas comprend aussi trois titres – les instrumentaux – issus de séances en studio).

Pour en revenir à Obscure alternatives, j’exagérais sans doute en en parlant comme de leur meilleur album, mais il s’agit incontestablement de leur disque le plus injustement sous-estimé (ne fût-ce que pour sa face B) : à mi-chemin entre le funk blanc des débuts et la new wave dépressive des LP suivants. Mais cela, tu le sais aussi bien que moi. Ce que tu ne sais probablement pas, par contre, c’est que j’ai découvert Japan en grande partie grâce à Binbin… Aaaah, le fameux Binbin, l’un des seuls chroniqueurs importants de la grande époque de Pop-Rock que nous n’avons pas encore évoqué dans ces correspondances ! Lorsque je séjournais chez lui, à Angers, on écoutait de la musique du matin au soir : Japan, Roxy Music, Killing Joke, Bauhaus, Eyeless In Gaza, Talking Heads, Lloyd Cole, Depeche Mode, Kraftwerk et aussi beaucoup d’électro-pop allemande moderne ; même pour les courts trajets en voiture, il avait besoin d’un bruit de fond permanent… D’où de longues discussions du genre : « Est-ce qu’on prendrait plutôt ce CD de Martyn Bates, ou bien le dernier Deine Lakaien ? Oh, et que dirais-tu d’écouter Echo & The Bunnymen ? » avant de finalement les embarquer tous les trois alors qu’on sortait juste acheter un pain à cinq minutes de chez lui.

Je ne sais pas exactement pourquoi nous avons fini par nous embrouiller définitivement. Je crois que c’est en grande partie à cause de l’influence négative qu’avait sur lui Sarah El Jabri… Tu te souviens sans doute de cette éphémère chroniqueuse. Elle nous avait été recommandée par Binbin et s’est fait virer par Prévost pendant mes vacances à cause d’un article sur Nick Cave truffé d’erreurs (cette conne parlait de Nocturama comme de son deuxième album…). Elle avait de bons goûts musicaux mais elle manquait cruellement de rigueur et souffrait de toute évidence d’un problème d’identité, ce qui la rendait parano et agressive. Après avoir été longtemps amoureuse de moi, elle a décrété qu’elle me détestait car j’étais un « facho » vu que je soutenais Sarko (et surtout parce que je l’avais ignorée dans une fête), puis elle s’est amourachée de Binbin, qui faisait semblant de rien car il était plus ou moins casé avec une autre à l’époque (une petite mignonne à peine majeure qui me kiffait aussi : lors d’un de mes séjours à Angers, elle avait glissé dans la poche de mon veston un petit mot doux écrit au rouge-à-lèvres…). Au final, Binbin est le chroniqueur dont je garde le plus de bons souvenirs de la vie réelle : des virées nocturnes inracontables, des rencontres, des concerts un peu partout, mais aussi un DJ set chaotique en duo avec lui pour un réveillon à Durtal qui restera dans les annales comme le pire de toute l’histoire du Maine-et-Loire.

Je crois me souvenir que tu le trouvais clampin, mais moi, outre l’humain qui était attachant, j’aimais aussi Binbin comme chroniqueur : il fait partie, selon moi, des trois meilleurs auteurs ayant écrit pour le site. Hélas, il avait un point faible, c’est qu’il était aussi musicien. Or, il n’y a rien de plus facile pour un troll que de dire à un rock-critic qu’il ferait mieux de retourner travailler sérieusement ses propres compos avant de dénigrer le travail d’autres artistes… Et comme il était souvent particulièrement cassant dans ses chroniques, cela n’a pas manqué : beaucoup de nos haters, la Crampe en tête, s’en donnaient à cœur joie ! Je crois que c’est la raison pour laquelle il a arrêté d’écrire une première fois, puis qu’il a pris un pseudonyme (Clarisse de Saint-Ange, tout un poème !) lorsque je l’ai convaincu de rempiler. Depuis notre ultime vive discussion à propos des bienfaits de la politique de Sarkozy, j’avoue que je ne sais pas ce qu’il devient. Après son livre sur le concept de l’identité nationale (que j’ai lu et détesté), je crois qu’il a arrêté tant la musique que la critique musicale.

Enfin, je rejoins bien évidemment ton analyse sur le socialisme. Ce débat me rappelle une cousine éloignée, jadis candidate PS dans le Brabant wallon, qui était incapable de me dire si ce parti se situe à gauche ou à droite sur l’échiquier politique, ces notions ne lui disaient absolument rien – cela nous ramène aussi à l’illettrisme des masses. Elle acceptait de faire de la figuration sur la liste avant tout car elle se sentait redevable vis-à-vis d’un ministre socialiste qui lui avait fait cadeau d’une nomination (à vie) comme enseignante dans un athénée, alors que des professeurs plus expérimentés mais n’ayant pas la bonne carte de parti doivent attendre vingt-cinq ans pour être nommés, ou ne le sont jamais ; encore et toujours le clientélisme. Cela soulève aussi la problématique de l’obligation de faire figurer au moins un tiers de femmes sur les listes électorales, et ce au détriment de la qualité des listes, car beaucoup de candidates ne comprennent rien aux enjeux politiques ou ne sont pas intéressées et ne servent qu’à faire le nombre. L’exemple de ma petite-cousine, totalement ignare mais redevable à un parti, le démontre parfaitement. Comme on dit dans ces cas-là : « On choisit ses amis, pas sa famille ».

YÛ :

Albin est quelqu’un avec qui j’aurai adoré me confronter, car le tout aurait été basé sur un même accord ponctué de riffs dissonants. Quand je pense à lui, je me dis que, tout simplement, il y a un moment où il s’est rendu compte qu’il lui fallait bien une fin et qu’il a choisi la mauvaise, car il n’a pas pensé à me demander où acheter ces fameux cercueils avec lecteur audio intégré.

Par contre, j’ai arrêté de parler de politique tout comme je ne parle plus ni aux avocats ou aux médecins, car ce sont tous des maniaques du pansement là où je préconise le garrot ; le garrot arrête la bêtise, le pansement la masque pour qu’elle puisse couler jusqu’à la fin. Je suis sans cesse accusé d’être un monstre — par toi le premier, encore que j’adore cela —, alors que je suis finalement l’un des rares à réellement défendre la vie, même si c’est avec le plus profond détachement.

Mais, tu sais, les miroirs sont pour moi comme les BMW contre lesquelles j’urine lorsque les toilettes de bars sont bouchées par les videurs prévoyants : une impasse intellectuelle. Notre émission radio restera à jamais inédite et c’est sans doute pour le mieux, même si cinq minutes de notre ivresse vaut déjà plus que toute la discographie de Prince, mort dans un ascenseur ; tout un symbole.

Sean Connery disait que ce n’était pas le futur qui lui faisait peur, mais plutôt le passé ; dans le même temps, Tom Selleck avouait qu’il ne baisait jamais aussi bien qu’à moitié endormi. Si tu voulais résumer ma vie, disons qu’elle serait une toupie infinie virevoltant entre ces deux (grands) guignols et cela vaut déjà plus que toutes mes critiques musicales, qui ont ceci de commun avec celles d’Yves Adrien : à ma mort, leur cote n’augmentera pas. C’est un autre symbole, paradoxalement plus porteur.

A suivre…