Lettres sublimées (XIX)

Albin est quelqu’un avec qui j’aurai adoré me confronter, car le tout aurait été basé sur un même accord ponctué de riffs dissonants. Quand je pense à lui, je me dis que, tout simplement, il y a un moment où il s’est rendu compte qu’il lui fallait bien une fin et qu’il a choisi la mauvaise, car il n’a pas pensé à me demander où acheter ces fameux cercueils avec lecteur audio intégré.

Par contre, j’ai arrêté de parler de politique tout comme je ne parle plus ni aux avocats ou aux médecins, car ce sont tous des maniaques du pansement là où je préconise le garrot ; le garrot arrête la bêtise, le pansement la masque pour qu’elle puisse couler jusqu’à la fin. Je suis sans cesse accusé d’être un monstre — par toi le premier, encore que j’adore cela —, alors que je suis finalement l’un des rares à réellement défendre la vie, même si c’est avec le plus profond détachement.

Mais, tu sais, les miroirs sont pour moi comme les BMW contre lesquelles j’urine lorsque les toilettes de bars sont bouchées par les videurs prévoyants : une impasse intellectuelle. Notre émission radio restera à jamais inédite et c’est sans doute pour le mieux, même si cinq minutes de notre ivresse vaut déjà plus que toute la discographie de Prince, mort dans un ascenseur ; tout un symbole.

Sean Connery disait que ce n’était pas le futur qui lui faisait peur, mais plutôt le passé ; dans le même temps, Tom Selleck avouait qu’il ne baisait jamais aussi bien qu’à moitié endormi. Si tu voulais résumer ma vie, disons qu’elle serait une toupie infinie virevoltant entre ces deux (grands) guignols et cela vaut déjà plus que toutes mes critiques musicales, qui ont ceci de commun avec celles d’Yves Adrien : à ma mort, leur cote n’augmentera pas. C’est un autre symbole, paradoxalement plus porteur.

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