Dan Gagnon est un beau garçon, il est décontracté et d’un abord parfaitement sympathique, mais ce que l’on attend surtout d’un humoriste, c’est qu’il soit drôle. Or, du peu que j’ai pu en voir, son numéro est le truc le plus fade depuis le concours d’impro de l’athénée de Gembloux en 1995. Un accent québécois chantant ne suffit pas à faire vivre des textes d’une platitude remarquable, tabernacle de criss ! Et que leur auteur soit mignon et attendrissant n’y change strictement rien. Je vous parle ici d’un humour politiquement correct, consensuel et policé, sans la moindre aspérité, soit tout ce que j’ai en sainte horreur. Vous allez me rétorquer qu’il a malgré tout réussi son pari de remplir le Cirque Royal en cinquante jours (deux mille places vendues à dix euros pièce), c’est vrai, mais qui aurait échoué avec le soutien médiatique de très grande ampleur dont il a bénéficié ? D’autant que l’on ne parle pas non plus d’un total inconnu qui aurait débarqué des Appalaches à Zaventem la semaine passée, Gagnon est un chroniqueur d’émissions populaires en radio et en télé depuis plusieurs années déjà. Cette notoriété additionnée au réflex corporatiste des journalistes wallons ne pouvait qu’engendrer ce que l’on a observé : un buzz artificiel autour du spectacle d’un nouvel humoriste que personne n’avait encore jamais vu sur les planches.
Dans la foulée de son succès bruxellois, Dan participa au fameux concours tremplin du festival du rire de Rochefort. Sûr de lui, il ironisait au prélalable sur sa page Facebook au sujet de l’enjeu du concours : six prix pour autant de candidats. C’était toutefois oublier un peu vite que ce ne sont pas ses amis journalistes de Pure FM, de Sans Chichis, de Focus et du Télé-Moustique qui font la loi là-bas. Rochefort, c’est pas le Café Belga. Si bien qu’au final, il s’est pris un véritable bide : ni le jury de professionnels du festival ni son public pourtant réputé connaisseur ne lui ont décerné le moindre prix. Pas même un lot de consolation. Rien ! Ses vannes à deux dollars canadiens, ses réflexions de gendre idéal assumé et son accent à peine forcé n’ont pas fait mouche derrière les sapins. De quoi rétablir un peu l’équilibre par rapport à la belle unanimité médiatique qui perdure autour de son nom (pour certains de ses amis journalistes, c’est à peine si Dan Gagnon ne marche pas sur l’eau).
La vidéo de son spectacle vient d’être mise en vente sur internet pour 2 euros. La presse bobo écrit que c’est une nouvelle « démarche audacieuse ». Moi, je dis que c’est probablement le juste prix.

