Je suis la nuit, je suis ton destin, alors suis-moi, suis-moi… (*)

Benjamin Schoos annonce la sortie en mars de son premier best-of, Profession chanteur, qu’il viendra défendre sur scène au Botanique à Bruxelles le 1er avril. Cette double info parue ces jours-ci dans la presse musicale m’a rappelé un  petit article que j’avais rédigé en 2014 au sujet de son concert à l’Archiduc avec Bertrand Burgalat. Pour une raison aussi inexpliquable qu’obscure, celui-ci n’avait jamais été publié…  

Bertrand Burgalat & Benjamin Schoos @ Archiduc, 2014

La noblesse de la pop
3 février 2014

Quelques notes retrouvées ce matin dans mon calepin de concerts :

Burgalat en gala,
Schoos, c’est autre chose,
Avec les Loved Drones, c’est pas la zone,
Dop Saucisse, faut pas que tu glisses,
A l’Archiduc, j’ai … (rime à trouver)
Gilles Vanneste, merci pour la guest.

Début de la review :

* (Paragraphe de présentation de Bertrand Burgalat supprimé car ressemblant trop à une fiche Wikipedia.) *

Sur le coup de 21h, la star du soir (NdJD: Bertrand Burgalat) commence son concert seul au piano – le fabuleux piano à queue de l’établissement, qui a déjà une longue histoire derrière lui ; Chet Baker y a joué, Bryan Ferry s’y est accoudé – et il charme immédiatement l’assistance par sa voix de velours… Une foule compacte se presse face à lui ; on y remarque des exilés fiscaux frenchies, des altermondialistes rentiers, mais aussi de nombreux artistes bruxellois subventionnés, des journalopes, des poseurs pop ou encore un hipster barbu déguisé en clochard dégueulasse (le t-shirt de Sonic Youth additionné à sa présence dans une soirée sur invitations semble confirmer qu’il s’agit bien d’un hipster et non d’un clodo). Parmi les VIP présents, on reconnait également une ministre gauche-caviar réputée ultra-fêtarde, maîtresse d’Arno à l’occasion et, il faut bien le dire, elle est carrément sympathique en vrai.

Un peu maladroit, évoquant plus souvent feu Thierry Le Luron que l’un des plus grands producteurs pop des vingt dernières années, le sieur Bertrand s’adresse timidement aux spectateurs et leur demande ce qu’ils ont envie d’entendre. Gentleman, il essaie de satisfaire tous les souhaits. Nous vivons, dès lors, quelques très jolis moments, notamment lorsqu’il interprète de façon un rien finaude son tube Ma rencontre, ou encore une très belle reprise de Follow me, tube disco d’Amanda Lear (deux chansons que l’on retrouve sur le splendide album live de 2001 Bertrand Burgalat meets A.S. Dragon), le tout à la manière d’un pianiste de bar… Comme Serge Gainsbourg au Club de la Forêt, Le Touquet-Paris-Plage, à la fin des années 50, sauf que c’est à Bruxelles, rue Antoine Dansaert, et que nous sommes au vingt-et-unième siècle.

I am the night, I am your fate, so follow me, just follow me… Se prenant manifestement au jeu, il accepte même de jouer l’air de la lambada lorsqu’un spectateur un peu con en fait bruyamment la demande… Il est ensuite rejoint par The Loved Drones, le backing-band de Benjamin Schoos dont plusieurs membres sont également actifs comme podcasteurs sur Radio Rectangle (NdJD: Tout comme votre serviteur à l’époque). Bertrand quitte alors le majestueux piano à queue pour s’installer derrière son synthétiseur et improviser avec les Liégeois un set post-krautrock psyché, gueulard, physique et franchement jouissif, en contact direct avec le public.

Pendant la dernière chanson du set, Charleroi 2035, Benjamin me fait au micro une dédicace humoristique en mentionnant mes origines carolorégiennes (je lui expliquerai ensuite que bien qu’étant effectivement né à Charleroi, je n’y ai jamais vécu, j’ai passé toute ma jeunesse à Gembloux !), puis il tend le mike à un Dop Saucisse en sueur, exalté, chauffé à blanc, qui se met à gueuler Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!! Charlerwa !!!, tel le punk qu’il n’a jamais cessé d’être… « Cela faisait une heure qu’il attendait ça ! », s’exclame une petite voix derrière moi.

Fin de la review.

(*) Traduction libre de paroles de la chanson Follow me d’Amanda Lear, reprise par Bertrand Burgalat.