
Duran Duran
Sur papier, UB40 et Duran Duran ont pas mal de points communs : ils sont Anglais, originaires de Birmingham et ont débuté leur carrière quasi au même moment (1980-81). L’un et l’autre ont connu un succès populaire gigantesque avant de lentement décliner et finalement disparaître des radars… sans pour autant jamais cesser de tourner et d’enregistrer des disques. Musicalement, toutefois, il y a peu de similitudes entre les deux formations. Si Duran Duran est un groupe pop dans le sens premier du terme, UB40 fait du reggae… Du reggae mâtiné de pop, certes (ou serait-ce l’inverse ?), et calibré pour le format radiophonique, mais du reggae quand même.
Idéologiquement aussi, les deux groupes ont peu en commun. Racialement mixte, engagé politiquement à gauche, UB40 a choisi son nom en référence à l’intitulé du formulaire d’inscription au chômage au Royaume-Uni… Sa conscience sociale et son prolétariat revendiqué lui donnent une image très éloignée de l’arrogance et des poses BCBG hédonistes à la je-bois-du-Dom-Pérignon-avec-des-top-modèles-sur-mon-yacht, qu’aimaient se donner Duran Duran dans ses vidéos.
Alors que je m’attendais à adorer DD et que j’allais surtout voir UB40 par curiosité, je suis resté de marbre à Forest et j’ai vibré à l’Ancienne Belgique. La localisation des concerts a plus que probablement pesé dans la balance (c’est bien connu : l’AB est la meilleure salle du pays, FN la pire), mais cela n’explique pas tout. Même en essayant de faire abstraction du cadre, je ne suis jamais parvenu à rentrer dedans, comme on dit. Duran Duran en live, c’était sans doute sublime en 84, mais en l’an 12 de ce millénaire, c’est juste pathétique. John Taylor et Nick Rhodes ont encore une belle présence scénique, c’est indéniable, mais Simon Le Bon ne semble plus très crédible. Bouffi (il ne doit pas être très loin du tour de taille de Robert Smith), parfois à la limite du grotesque lors de ses interventions entre les morceaux, il met de l’eau au moulin des observateurs qui répètent qu’il n’est qu’un poseur inconsistant… Car franchement, a-t-on idée de présenter les musiciens comme il le fait, lors d’un bœuf ringard d’un quart d’heure ? “Ladies and gentlemeeeeeeeen, playing the bass guitar, from Birmingham, UK, the one and only, MISTER JOHN TAYLOOORRRR !!!”. Qui fait encore ça en 2012 ?!? Springsteen ? Il faudrait aussi qu’on lui dise d’arrêter ses pas de danse de plouc et ses chants de footeux à la White Stripes/Club Brugge, parce que c’est d’un beauf !!
Je le reconnais, la voix de Simon Le Beauf est toujours aussi bonne, et c’est sans doute là l’essentiel, mais le niveau de sa prestation globale en tant qu’entertainer reste plusieurs crans en dessous de celle d’un Dave Gahan, par exemple (ou de Bryan Ferry, mais qui n’a jamais boxé dans la même ligue, dieu l’en préserve!). Ajoutez à cela un light-show souvent kitsch, des projections parfois d’un goût douteux et une ambiance plutôt timorée tout au long du set (la salle n’était remplie qu’aux deux tiers, laissant un trou béant entre la fosse et les gradins) et vous comprendrez que ce n’était vraiment pas la joie… J’espérais participer à une messe, une célébration, comme lors de mon premier concert de Depeche Mode dans cette même salle, et j’ai juste vu un vieux groupe maladroit assurer le service minimum devant un public de quadras nostalgiques. Triste.
Et puis, les gars, Girls on film et Rio en guise de final, c’est d’un téléphoné ! Bon, d’accord, avoir calé un petit bout de reprise de Relax de Frankie Goes To Hollywood entre deux refrains de Wild boys, c’était sympa. Mais sinon, bof bof…

UB40
UB40, par contre, a joliment assuré, mardi, dans une Ancienne Belgique pleine à craquer. A dix sur scène, avec six de ses sept membres fondateurs encore dans le line-up, le groupe se présente depuis quelques années déjà avec Duncan Campbell dans le rôle du chanteur soliste. Si vous n’avez pas suivi leurs péripéties, Duncan est le jumeau du guitariste Robin Campbell, et donc aussi le frère ainé – et authentique sosie vocal – d’Alistair, dit Ali, le chanteur historique de la formation, lequel est parti fâché en 2008. Pour l’anecdote, le vieux Duncan s’était vu proposer le poste de lead singer en 1978 mais avait décliné l’offre, pensant que le groupe n’avait aucun avenir… Trente années et septante millions (!) de disques vendus plus tard, il n’a pas laissé passer une deuxième fois sa chance lorsque le beau gosse de la famille a décidé de continuer sa route en solo. (Qui a dit qu’on n’avait qu’une seule fois l’occasion de saisir « la chance de sa vie » ?). Même s’il n’a pas exactement le charisme, l’allure et la belle gueule de son frangin, Duncan a une voix exceptionnelle. Son timbre est en outre tellement proche de celui d’Ali que des personnes à côté de moi qui ne connaissent que très peu le groupe ont cru reconnaître la voix de UB40 et se sont contentés de souligner que « le chanteur a pris un coup de vieux et est amoché, sans doute à cause de l’abus d’alcool » (véridique !).
Parvenant à trouver le bon équilibre entre ses triomphes commerciaux (Food for thought, Red red wine, Can’t help falling in love, Don’t make me cry,…) et des séquences de reggae beaucoup plus pointu, UB40 a envouté son public. Il y avait mardi à l’AB une vraie effervescence, une liesse, une excitation collective qui poussait les musiciens à se surpasser et les spectateurs, de toutes origines et tous âges, à profiter pleinement de chaque minute sous l’immense nuage de ganja qui flottait dans l’air… Je pense que c’est mon meilleur concert depuis au moins celui de… PIL sur cette même scène.
PS : Si je ne ne dis pas un seul mot sur la prestation des minets belges de The Tellers, en première partie de Duran Duran, c’est tout simplement parce que j’étais au bar quand ils ont joué (trop rien à foutre de ces glands).