La nausée, et puis les rires

Sublimation vient de vivre le premier dépôt de plainte de sa courte existence. En cause : l’article publié ici même le 14 janvier dernier et dont le titre était « La nausée ». Le plaignant n’est autre que le musicien de la scène belge auquel il est fait allusion dans ledit article ; un musicien qui n’a jamais digéré une critique négative de son groupe que j’ai publiée sur Pop-Rock.com en… 2006.

Après m’avoir d’abord menacé d’une plainte pour harcèlement (ce qui aurait été non seulement pathétique mais aussi infondé), il s’est ravisé et a changé de tactique. Ce petit monsieur m’accuse désormais d’avoir commis une infraction à la législation sur la protection de la vie privée. Ceci ne tient évidemment pas une seconde la route puisque :
- Le nom de cet individu n’est pas cité dans l’article (et ne l’a jamais été), pas plus que celui du groupe pop dont il fait partie.
- J’ai fait en sorte que son visage ne puisse pas être reconnu.
- La photo qu’il me reproche d’avoir utilisée provient de son profil Facebook, et donc du domaine public.
- L’opinion que j’exprime dans le commentaire n’a absolument rien de répréhensible.

Mon but, par cet article, était d’inciter à réfléchir. Réfléchir à cette attitude malsaine qui consiste à se faire photographier en compagnie de l’assassin d’une mère de quatre enfants et d’exhiber ensuite fièrement les clichés sur les réseaux sociaux. Je m’en suis expliqué aujourd’hui dans les bureaux de la police de ma commune : l’adulation d’un groupe ou d’un chanteur n’interdit pas de faire preuve d’un peu de retenue, ou de dignité. Je persiste à le penser et c’est pourquoi il est naturellement exclu que je m’autocensure.

Cette plainte ridicule est à l’image de la carrière musicale du plaignant : inepte et sans espoirs.

Sortie de route (Namur’s On Fire)

J’ai commencé à faire occasionnellement des « DJ sets » en 2005. On peut appeler ça DJ sets, ou plutôt sets de foutage de disques si on préfère, vu que je ne prétends pas être un dieu du mix, je me concentre surtout sur de bons choix de tracks. L’idée de base, c’était de pouvoir partager ma passion de la musique avec un public plus ou moins nombreux au travers d’un autre medium que l’écriture de chroniques. Il y avait sans doute aussi une question d’ego : l’envie de montrer ma gueule aux lecteurs de Pop-Rock.com (et aux autres), de m’afficher fièrement en chair et en os face à eux, de leur jouer la musique qui me fait vibrer et d’observer leurs réactions. Depuis, je réalise quelques sets par an, en fonction des demandes, des affinités qui peuvent se créer avec les organisateurs, et pour autant que les thèmes proposés m’inspirent… Ce vendredi, j’ai répondu présent à l’invitation des nouvelles soirées I Love Rock’n'Roll, à Namur. Celles-ci ont lieu au Caprice d’Ambiance, un club à quelques enjambées du centre-ville de la capitale wallonne.

Namur, c’est-à-dire le bout du monde pour à peu près n’importe quel Bruxellois, est devenue une ville morte, ou presque. Les cafés ferment tôt et les swarées (comme on dit par là-bas) y sont rares, tout comme les lieux pouvant les accueillir. Le Caprice d’Ambiance, rue du Général Michel, vient en partie combler ce manque. Bar à cocktails au cadre cosy et feutré, l’endroit est apparemment connu dans le milieu libertin comme un lieu de rencontres pour couples échangistes (« Mais ils ne font que s’y rencontrer, ils ne consomment pas sur place ! », m’expliquera un habitué). Il serait toutefois réducteur – et mensonger – de réduire le Caprice d’Ambiance à une classification coquine : il s’agit avant tout d’un bar lounge, au décor raffiné et à la clientèle hétéroclite. Ce n’est absolument pas un lieu « louche », et la grande majorité des convives n’appartiennent d’ailleurs manifestement pas au milieu libertin.

En plus de plusieurs petits salons intimistes, l’établissement est doté d’un grand dance hall à l’arrière du bâtiment. Etabli dans un ancien entrepôt industriel, il pourrait évoquer l’Hacienda de Manchester s’il n’y avait les voiles blancs et les lustres baroques. Le cadre n’est pas vraiment rock’n’roll a priori. Ce qui fait la différence, c’est la musique que jouent les DJ’s pour ce nouveau concept de clubbing garanti sans techno et sans tubes des années 80. Et c’est là que j’entre en piste !

Je peux dire que je me suis bien amusé durant mon set, même si j’avais la tâche difficile d’ouvrir la soirée. Ma set-list incluait des tueries des Stooges, des Undertones, de Cure, Ziggy Stardust par Bauhaus, Love on the beat (mon trademark !), Buddy Holly, les Doors, les Klaxons, The Rapture… Je passais avec un bonheur égal des Sex Pistols à Bloc Party. Des Kinks aux Killers. Des Beatles aux Libertines. De Sham 69 à Art Brut. De quoi tenir un peu plus de deux heures sans laisser de répit aux fêtards patentés qui me faisaient face… Et ce même s’il n’était pas possible de répondre favorablement à toutes les demandes (puis j’suis pas un juke-box, quoi !). Morceaux choisis :

- « Vous pouvez passer un Ghinzu après ? »
- « Non, désolé, je ne joue que du rock. »

La même blonde, au DJ suivant :

- « Tu peux jouer des groupes de rock belges, comme par exemple Ghinzu, Vismets, Franz Ferdinand ou Arctic Monkeys ? »

Même si le public namurois est globalement plus « sage » que celui de Bruxelles, il se laisse aussi plus facilement aller. Les gens étaient là pour danser, pour s’amuser, et ne se sont pas privés de le faire jusqu’aux petites heures de la nuit (« Pour une fois qu’il se passe quelque chose, on en profite ! », semblait être leur leitmotiv). Les deux deejays qui m’ont suivi aux platines (le débonnaire Eddie Adams et le jovial Stefke van Namen) ont assuré comme des bêtes, et ce dans un registre bien plus éclectique que le mien. Tout le monde semblait beaucoup s’amuser, il y avait du peuple malgré le climat dégueulasse, une bonne ambiance, je crois donc que l’on peut dire que cette I Love Rock’n’Roll n° 2 fut une vraie réussite.

J’attends maintenant confirmation de deux prochaines dates très inspirantes à Bruxelles : en mai (en duo avec mon vieux complice Yeti Popstar) et en avril (un très gros truc !). Yû est aussi demandeur pour un « DJ battle » au DNA, on verra dans les prochaines semaines si ça peut s’organiser…

DD @ FN < UB40 @ AB

 

Duran Duran

Sur papier, UB40 et Duran Duran ont pas mal de points communs : ils sont Anglais, originaires de Birmingham et ont débuté leur carrière quasi au même moment (1980-81). L’un et l’autre ont connu un succès populaire gigantesque avant de lentement décliner et finalement disparaître des radars… sans pour autant jamais cesser de tourner et d’enregistrer des disques. Musicalement, toutefois, il y a peu de similitudes entre les deux formations. Si Duran Duran est un groupe pop dans le sens premier du terme, UB40 fait du reggae… Du reggae mâtiné de pop, certes (ou serait-ce l’inverse ?), et calibré pour le format radiophonique, mais du reggae quand même.

Idéologiquement aussi, les deux groupes ont peu en commun. Racialement mixte, engagé politiquement à gauche, UB40 a choisi son nom en référence à l’intitulé du formulaire d’inscription au chômage au Royaume-Uni… Sa conscience sociale et son prolétariat revendiqué lui donnent une image très éloignée de l’arrogance et des poses BCBG hédonistes à la je-bois-du-Dom-Pérignon-avec-des-top-modèles-sur-mon-yacht, qu’aimaient se donner Duran Duran dans ses vidéos.

Alors que je m’attendais à adorer DD et que j’allais surtout voir UB40 par curiosité, je suis resté de marbre à Forest et j’ai vibré à l’Ancienne Belgique. La localisation des concerts a plus que probablement pesé dans la balance (c’est bien connu : l’AB est la meilleure salle du pays, FN la pire), mais cela n’explique pas tout. Même en essayant de faire abstraction du cadre, je ne suis jamais parvenu à rentrer dedans, comme on dit. Duran Duran en live, c’était sans doute sublime en 84, mais en l’an 12 de ce millénaire, c’est juste pathétique. John Taylor et Nick Rhodes ont encore une belle présence scénique, c’est indéniable, mais Simon Le Bon ne semble plus très crédible. Bouffi (il ne doit pas être très loin du tour de taille de Robert Smith), parfois à la limite du grotesque lors de ses interventions entre les morceaux, il met de l’eau au moulin des observateurs qui répètent qu’il n’est qu’un poseur inconsistant… Car franchement, a-t-on idée de présenter les musiciens comme il le fait, lors d’un bœuf ringard d’un quart d’heure ? “Ladies and gentlemeeeeeeeen, playing the bass guitar, from Birmingham, UK, the one and only, MISTER JOHN TAYLOOORRRR !!!”. Qui fait encore ça en 2012 ?!? Springsteen ? Il faudrait aussi qu’on lui dise d’arrêter ses pas de danse de plouc et ses chants de footeux à la White Stripes/Club Brugge, parce que c’est d’un beauf !!

Je le reconnais, la voix de Simon Le Beauf est toujours aussi bonne, et c’est sans doute là l’essentiel, mais le niveau de sa prestation globale en tant qu’entertainer reste plusieurs crans en dessous de celle d’un Dave Gahan, par exemple (ou de Bryan Ferry, mais qui n’a jamais boxé dans la même ligue, dieu l’en préserve!). Ajoutez à cela un light-show souvent kitsch, des projections parfois d’un goût douteux et une ambiance plutôt timorée tout au long du set (la salle n’était remplie qu’aux deux tiers, laissant un trou béant entre la fosse et les gradins) et vous comprendrez que ce n’était vraiment pas la joie… J’espérais participer à une messe, une célébration, comme lors de mon premier concert de Depeche Mode dans cette même salle, et j’ai juste vu un vieux groupe maladroit assurer le service minimum devant un public de quadras nostalgiques. Triste.

Et puis, les gars, Girls on film et Rio en guise de final, c’est d’un téléphoné ! Bon, d’accord, avoir calé un petit bout de reprise de Relax de Frankie Goes To Hollywood entre deux refrains de Wild boys, c’était sympa.  Mais sinon, bof bof…

UB40

UB40, par contre, a joliment assuré, mardi, dans une Ancienne Belgique pleine à craquer. A dix sur scène, avec six de ses sept membres fondateurs encore dans le line-up, le groupe se présente depuis quelques années déjà avec Duncan Campbell dans le rôle du chanteur soliste. Si vous n’avez pas suivi leurs péripéties, Duncan est le jumeau du guitariste Robin Campbell, et donc aussi le frère ainé – et authentique sosie vocal – d’Alistair, dit Ali, le chanteur historique de la formation, lequel est parti fâché en 2008. Pour l’anecdote, le vieux Duncan s’était vu proposer le poste de lead singer en 1978 mais avait décliné l’offre, pensant que le groupe n’avait aucun avenir… Trente années et septante millions (!) de disques vendus plus tard, il n’a pas laissé passer une deuxième fois sa chance lorsque le beau gosse de la famille a décidé de continuer sa route en solo. (Qui a dit qu’on n’avait qu’une seule fois l’occasion de saisir « la chance de sa vie » ?). Même s’il n’a pas exactement le charisme, l’allure et la belle gueule de son frangin, Duncan a une voix exceptionnelle. Son timbre est en outre tellement proche de celui d’Ali que des personnes à côté de moi qui ne connaissent que très peu le groupe ont cru reconnaître la voix de UB40 et se sont contentés de souligner que « le chanteur a pris un coup de vieux et est amoché, sans doute à cause de l’abus d’alcool » (véridique !).

Parvenant à trouver le bon équilibre entre ses triomphes commerciaux (Food for thought, Red red wine, Can’t help falling in love, Don’t make me cry,…) et des séquences de reggae beaucoup plus pointu, UB40 a envouté son public. Il y avait mardi à l’AB une vraie effervescence, une liesse, une excitation collective qui poussait les musiciens à se surpasser et les spectateurs, de toutes origines et tous âges, à profiter pleinement de chaque minute sous l’immense nuage de ganja qui flottait dans l’air… Je pense que c’est mon meilleur concert depuis au moins celui de… PIL sur cette même scène.

PS : Si je ne ne dis pas un seul mot sur la prestation des minets belges de The Tellers, en première partie de Duran Duran, c’est tout simplement parce que j’étais au bar quand ils ont joué (trop rien à foutre de ces glands).

Fuck The Tellers, comme disait l’autre…

Depeche Mode. New Order. Morrissey. The Cure. Bauhaus.  Public Image Ltd. Killing Joke. A-Ha. Erasure. Fad Gadget. Echo & The Bunnymen. The Bollock Brothers. Front 242… J’ai vu à peu près tous les principaux groupes survivants des années 80 sur scène au moins une fois… Tous sauf… Duran Duran, pourtant l’un de mes préférés de cette décennie honnie (même pas honte !).  Ce sera pour ce soir, à Forest National, une salle où je m’étais pourtant juré de ne plus mettre les pieds, mais l’envie de voir DD est la plus forte.

En plus de l’acoustique infecte du lieu et des tarifs d’usuriers pratiqués à son bar, le choix de la première partie me fait pester à quelques heures de ce rendez-vous avec Simon Le Bon (la photo), John Taylor & Co. ! Figurez-vous que le programmateur du lieu a convié The Tellers en ouverture de soirée… Oui, vous avez bien lu : The Tellers en première partie de Duran Duran ! The Tellers, l’un des pires groupes belges rock-folk bobo de ces dernières années, va ouvrir pour une légende de la pop kitsch des eighties… The Tellers : mes têtes de Turcs du rock belge subsidié pré-Vismets !

J’ai déjà craché beaucoup de venin sur ces petits branleurs dans le passé (par exemple ici,et, entre autres), je ne vais donc pas en remettre. J’ai juste la nausée, là…

—–

PS: Explication du titre : ici.